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Voxel, le majordome qui refuse de nous ressembler

LIFESTYLE

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Voxel, le robot ménager qui ose ne pas ressembler à un humain, et séduit justement par cette franchise.

Voxel, le majordome qui refuse de nous ressembler

Un écran rectangulaire en guise de front, deux yeux pixelisés qui clignotent en bleu froid, une bouche réduite à un simple trait gravé dans la coque. Pas de sourire figé, pas de peau synthétique qui tenterait de copier la nôtre. Le visage de Voxel ressemble davantage à l'interface d'un appareil qu'à celui d'un être vivant, et c'est exactement là que Tuesday Labs a choisi de jouer sa carte.

La jeune entreprise américaine vient de dévoiler son premier robot semi-autonome, pensé pour prendre en charge les tâches ménagères du quotidien. Rangement, manipulation d'objets, assistance domestique : le champ d'action reste encore à préciser, mais l'intention de départ, elle, est limpide. Depuis des années, l'industrie de la robotique domestique bute sur le même obstacle, celui de l'uncanny valley, cette zone de malaise qui naît lorsqu'une machine ressemble presque trop à un humain sans jamais l'être tout à fait. Tuesday Labs a visiblement décidé de contourner le problème plutôt que de le résoudre.

Le résultat se lit dans chaque détail du design. Le corps de Voxel assume sa nature mécanique : bras articulés visibles, câbles apparents qui courent le long des épaules, surfaces lisses en plastique mat qui ne cherchent à imiter ni la peau ni le muscle. Les mains, elles, restent pour l'instant plus schématiques que réalistes, préférant la fonction à la ressemblance. On est loin des humanoïdes japonais aux traits lissés qui ont tenté, pendant deux décennies, de se faire passer pour des compagnons de chair. Voxel ne feint rien. Il ne demande pas qu'on l'aime comme on aimerait un être vivant, il demande qu'on lui fasse confiance comme on en ferait à un outil bien conçu.

Cette approche dégage une forme d'élégance presque scandinave, une sobriété qui tranche avec l'esthétique souvent grandiloquente de la tech américaine. Le choix du blanc mat, des formes arrondies sans être enfantines, des yeux expressifs mais jamais mimétiques, dessine un objet qui pourrait aussi bien trouver sa place dans un salon épuré que dans un loft new-yorkais. C'est un lifestyle object autant qu'un robot, pensé pour ne pas dénaturer un intérieur, pour s'y glisser sans l'envahir.

Voxel n'est pour l'instant commercialisé ni en France ni ailleurs en Europe, et aucune date de lancement sur le continent n'a été confirmée. Mais l'objet mérite d'être observé de près, pour une raison simple : il incarne une bascule dans la manière de penser la robotique domestique, celle qui consiste à arrêter de courir après le visage humain pour inventer un langage formel qui lui soit propre. Dans dix ans, quand les foyers européens accueilleront peut-être ces silhouettes blanches aux yeux de pixels, on se souviendra sans doute de ce moment où un fabricant a osé dire non à la ressemblance.

En attendant, Voxel reste une promesse posée sur une table d'atelier, quelque part entre la Californie et le marché européen qu'il n'a pas encore rencontré. Un objet qui regarde sans vraiment nous voir, et qui, par ce simple décalage, nous regarde peut-être mieux que n'importe quel visage trop parfait n'aurait su le faire.

Photo : © Tuesday Labs

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