InstaMall, le luxe convoqué dans l'heure qui suit
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Et si le luxe se livrait désormais aussi vite qu'il se désire ?
La porte de la boutique reste entrouverte sur le marbre et la lumière ambrée des vitrines intérieures. À l'intérieur, un vendeur range un sac sur une étagère rétroéclairée, geste lent, presque cérémonieux. Dehors, une robe brodée d'or et de pourpre pose, immobile, derrière une vitre noire gravée du nom d'une Maison new-yorkaise. Tout ici obéit à un rythme ancien : on vient, on regarde, on attend, on repart avec l'objet convoité sous le bras, ou sans lui. C'est ce tempo qu'InstaMall vient bousculer, une application qui promet de livrer les achats de luxe le jour même, où que l'on se trouve.
L'idée n'a rien d'anodin pour une industrie qui a toujours fait de l'attente une part du désir. Patienter pour une liste d'attente, réserver sa place avant un défilé, guetter la sortie d'une édition limitée : le luxe s'est longtemps construit sur la rareté du temps autant que sur celle de l'objet. InstaMall propose l'inverse, ou plutôt son prolongement logique à l'ère du tout, tout de suite. Une commande passée le matin, une livraison avant la tombée du jour. Le journal du Luxe, qui a repéré le mouvement, y voit une tendance retail en train de s'installer plutôt qu'un simple gadget technologique.
Reste à savoir ce que cette promesse engage concrètement. Livrer un parfum de niche ou une paire de sneakers en quelques heures relève d'une logistique déjà rodée ailleurs, dans la restauration ou la mode rapide. Livrer un sac en cuir grainé, une pièce de haute joaillerie ou une robe de soirée brodée, c'est autre chose : il faut un emballage à la hauteur, une discrétion absolue, une chaîne de transport qui ne trahit jamais la valeur de ce qu'elle transporte. L'enjeu n'est pas seulement la vitesse, c'est de rester fidèle à un certain décorum même quand on supprime le rituel de la boutique. Une Maison peut difficilement se permettre qu'un coursier sonne à la porte comme on livre une pizza.
Ce que cette application annonce, sans qu'on en connaisse encore toute l'ampleur ni le calendrier exact de déploiement, c'est une redéfinition du moment d'achat. Le client de luxe de demain pourrait très bien repérer une pièce en ligne à midi et la porter le soir même, sans jamais avoir foulé le sol d'une boutique. Ce basculement, s'il se confirme, change la nature même du désir dans le secteur : moins une attente savourée, plus une impulsion satisfaite presque instantanément. Les Maisons devront décider si elles veulent jouer ce jeu, ou si elles préfèrent continuer à faire durer le plaisir d'attendre.
Reste à savoir combien de temps cette coexistence tiendra : celle d'un luxe qui se mérite encore, et celle d'un luxe qui se commande comme on hèle un taxi.
Photo : JOHNSON DESIGN STUDIO / Flickr (CC BY 2.0)