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Le Palazzo Grassi devient le port d'attache de l'art contemporain

LIFESTYLE

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À Venise, la Collection Pinault choisit la durée plutôt que l'éphémère, et réinvente le rapport à l'art.

Le Palazzo Grassi devient le port d'attache de l'art contemporain

Le Grand Canal a cette lumière d'octobre qui dore la pierre sans jamais la réchauffer vraiment. Sur la façade néoclassique du Palazzo Grassi, les reflets de l'eau tremblent contre les balcons, et les vaporetti passent sans vraiment s'arrêter, comme si le palais appartenait à un autre tempo que celui de la ville. C'est pourtant là, dans ce bâtiment du XVIIIe siècle posé face à la Punta della Dogana, que se joue l'un des gestes les plus silencieux et les plus déterminants de l'art contemporain de ces dernières années.

La Collection Pinault, selon les éléments rapportés par Journal du Luxe, s'installe durablement à Venise. Pas une exposition de plus, pas un énième rendez-vous saisonnier pour collectionneurs de passage. Un ancrage. Le genre de décision qui ne se prend pas à la légère quand on possède l'une des collections d'art contemporain les plus suivies au monde et qu'on pourrait, en théorie, la faire voyager de biennale en biennale, de capitale en capitale, au gré des opportunités. François Pinault choisit l'inverse : la fixité, la fidélité à un lieu, la lenteur assumée d'une présence qui s'inscrit dans la durée plutôt que dans l'actualité.

Ce choix porte en lui quelque chose de profondément vénitien. Venise n'a jamais été une ville de passage, même quand elle accueille le monde entier chaque printemps pour sa biennale. C'est une ville qui absorbe, qui digère lentement les œuvres et les regards, qui transforme toute exposition en dialogue avec ses propres pierres, ses propres siècles. Installer durablement une collection ici, ce n'est pas simplement louer des murs. C'est accepter que l'art contemporain entre en conversation permanente avec le baroque, avec la lagune, avec cette lumière si particulière qui ne ressemble à aucune autre en Europe.

Le pari n'est pas seulement esthétique, il est aussi un pari de confiance envers le public. Une collection qui s'ancre, c'est une collection qui mise sur le retour, sur la fidélité du visiteur, sur l'idée qu'on peut revenir voir une œuvre plusieurs fois dans sa vie plutôt que de la croiser une fois, par hasard, lors d'un festival. Cela change la nature même du regard qu'on porte sur l'art. On ne consomme plus une exposition, on construit une relation avec un lieu.

Pour les amateurs de voyages culturels haut de gamme, l'information mérite qu'on s'y attarde avant qu'elle ne devienne une évidence touristique. Venise, déjà saturée de groupes et de selfies devant le pont du Rialto, pourrait bien redevenir, par ce geste, un territoire pour ceux qui cherchent autre chose : la possibilité de s'asseoir longtemps devant une toile, de revenir l'année suivante et de la retrouver exactement là où on l'avait laissée. Dans une époque qui accélère tout, choisir l'immobilité a quelque chose d'un luxe discret, presque secret. Et c'est peut-être cela, au fond, que l'art contemporain avait oublié d'offrir : le temps.

Photo : Pinault Collection

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