Perrier-Jouët laisse Iris Van Herpen redessiner ses fleurs
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L'Édito Magazine
Sur le verre vert sombre, presque noir selon la lumière, des pétales blancs grimpent comme une dentelle vivante.
Sur le verre vert sombre, presque noir selon la lumière, des pétales blancs grimpent comme une dentelle vivante. Ils s'enroulent autour du col, remontent jusqu'à la capsule dorée, redessinent des fleurs qu'on croirait sorties d'un vitrail plutôt que d'une chaîne d'embouteillage. La bouteille repose sur un tissu blanc froissé en vagues, et la lumière tombe dessus avec la douceur d'un atelier de couture plutôt que d'un studio de packaging. Rien dans cette image ne crie le champagne. Tout y murmure la mode.
Perrier-Jouët a confié le design de ses flacons à Iris Van Herpen, créatrice néerlandaise connue pour des robes qui semblent pousser plutôt que se coudre, des structures organiques qui sortent autant d'un laboratoire que d'un atelier. La collaboration se revendique comme un hommage à l'Art Nouveau, ce moment où la nature est devenue motif, où la fleur a cessé d'être un simple décor pour devenir une structure à part entière. Van Herpen, elle, construit ses collections autour du vivant, du végétal, d'un mouvement organique qui échappe systématiquement à la ligne droite. Entre les deux univers, un terrain commun qui ne demandait qu'à être activé.
Sur la cuvée Belle Époque 2018, les motifs blancs ne sont pas simplement posés en surface comme une sérigraphie décorative. Ils dessinent un relief, une texture, presque une peau. Les fleurs s'étirent en dentelle fine, se répètent en motifs qui tiennent autant de la broderie que de la biologie cellulaire. On reconnaît la patte de la créatrice sans qu'elle ait eu besoin de signer trop grand : son nom apparaît discrètement sous la capsule dorée, en confidence, là où tant de collaborations auraient hurlé le partenariat sur toute l'étiquette.
Ce geste, confier un objet aussi fonctionnel qu'une bouteille à une créatrice de mode plutôt qu'à un studio de design industriel, dit quelque chose d'un mouvement en train de se former. Les maisons de luxe commencent à envisager leurs objets du quotidien, flacons, écrins, packagings, comme des pièces de collection possibles, à condition d'en confier le dessin à une vraie signature créative plutôt qu'à un bureau de style anonyme. Perrier-Jouët ne cherche pas seulement une jolie bouteille. La maison cherche à transformer un objet de consommation en objet de désir, presque en pièce de vitrine qu'on garderait après avoir bu son contenu.
Reste à savoir si d'autres maisons de champagne suivront ce chemin, si la rencontre entre couture et effervescence deviendra une habitude plutôt qu'une parenthèse élégante. Pour l'instant, la bouteille est là, posée entre dentelle et verre, entre deux mondes qui n'avaient jamais eu de raison officielle de se parler. On la regarde longtemps avant de penser à la déboucher.
Photo : DR