La nuit de Noël selon Dior se dessine en couleur
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Une silhouette noire se détache sur un fond bleu nuit, puis se charge soudain de teinte, du rose poudré au rouge…
Une silhouette noire se détache sur un fond bleu nuit, puis se charge soudain de teinte, du rose poudré au rouge profond, comme une encre qui se diffuse dans l'eau. C'est par ce geste que s'ouvre "Christian Dior's Night in Color", le nouveau film de Noël de la maison, et il suffit de cette première minute pour comprendre que quelque chose a bougé dans la manière dont la rue Montaigne raconte ses histoires de fêtes.
Depuis plusieurs saisons, Dior construisait son conte de décembre dans le registre du réel : décors filmés, lumière de studio, visages photographiés avec le soin que l'on réserve d'ordinaire à une campagne de parfum. Cette année, la maison abandonne la caméra pour le pinceau. "Night in Color" se pense entièrement en animation, un choix qui n'a rien d'anecdotique pour une maison dont l'image repose depuis des décennies sur la photographie de mode et le film publicitaire léché, tourné en prises de vues réelles avec un casting de visages connus.
L'animation offre ce que le réel ne permet jamais tout à fait : une couleur libérée de la contrainte de la lumière ambiante, du grain de peau, du décor construit en dur. Le titre ne tourne pas autour du pot, cette nuit sera "in color", une nuit où la palette devient presque un personnage, où les silhouettes se déploient et se délitent au gré des teintes plutôt qu'au gré d'un scénario classique. On devine, sans que rien ne le confirme encore, un film qui jouerait moins la carte du récit linéaire que celle du tableau animé, une suite d'instants picturaux plutôt qu'une histoire à suspense.
Reste la question du geste, qui mérite qu'on s'y attarde. L'animation se fabrique image par image, trait par trait, dans un temps qui n'a rien à voir avec la vitesse d'un tournage. Ce choix ressemble, sans que la maison ne le formule ainsi, à un hommage discret à l'atelier : la patience du dessinateur qui reprend vingt fois une courbe rejoint celle de la petite main qui brode un ourlet pendant des heures sans jamais montrer l'effort. Deux disciplines où rien ne se laisse au hasard, où la moindre ligne se pense avant de s'exécuter.
Pour une maison qui a bâti son vocabulaire sur l'image photographiée, oser le dessin animé pour son objet le plus commercial et le plus regardé de l'année n'est pas un détail de calendrier. C'est une façon d'affirmer que Dior peut encore surprendre sur le terrain le plus balisé du luxe, celui du film de Noël que toutes les maisons publient entre fin novembre et les derniers jours de décembre, souvent avec les mêmes recettes.
Reste à voir ce que cette nuit en couleur raconte vraiment, quelles silhouettes elle fait danser et quelle histoire elle choisit de suspendre entre deux éclats de teinte. Mais déjà, dans ce court instant où le noir se love dans le rose, on devine une maison qui préfère réinventer sa propre grammaire plutôt que répéter un succès acquis.
Photo : Dior