À Milan, Francesco Risso donne une adresse à l'imagination
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L'Édito Magazine
Un bureau, dans l'esprit de Francesco Risso, n'a jamais eu vocation à ranger quoi que ce soit.
Un bureau, dans l'esprit de Francesco Risso, n'a jamais eu vocation à ranger quoi que ce soit. Il sert plutôt à laisser venir les choses, sans discipline particulière, comme on laisse une pensée traverser une pièce avant de se poser. C'est peut-être pour cela que le directeur artistique de Marni a choisi ce mot précis pour nommer son nouvel espace milanais : le Bureau of Imagination.
L'information vient de Vogue France, formulée sobrement, presque en retrait par rapport à ce qu'elle engage. Risso inaugure à Milan un laboratoire créatif qui porte ce nom à la fois administratif et poétique, comme un pied de nez à l'idée même du bureau tel qu'on l'entend d'ordinaire. Le lieu est présenté comme un espace qui préfigure, peut-être, une nouvelle direction artistique pour le créateur italien. Rien n'est encore arrêté : aucune collection n'y a été montrée, aucun calendrier n'a été communiqué. Mais la nouvelle circule déjà dans les cercles qui comptent. Chez Risso, les intentions pèsent autant que les actes.
Depuis qu'il a pris la tête de Marni, Risso a construit sa réputation sur un geste singulier, celui de traiter le vêtement comme une matière vivante, cousue de bric et de broc, pensée à même le papier ou la toile bien avant d'exister sur un corps. Ses défilés ont davantage l'allure d'installations que de présentations, ses collections ressemblent à des manifestes plus qu'à des gammes. Un espace à son image ne pouvait donc pas être un simple atelier de confection. Le nom choisi, Bureau of Imagination, suggère un lieu de pensée pure, où l'idée précéderait le vêtement, où l'esquisse compterait presque davantage que le prototype qui en découle.
Milan n'a pas la réputation parisienne du laboratoire créatif ouvert au regard extérieur. La ville préfère en général montrer le produit abouti plutôt que les coulisses du processus, le défilé plutôt que la table de travail. Le choix de Risso d'y installer un espace qui porte, dans son intitulé même, l'ambition de rendre visible l'invisible (la pensée, l'hésitation, le tâtonnement) dit quelque chose d'une génération de créateurs qui refusent de séparer la création du récit qui l'accompagne.
Reste à savoir ce que ce bureau produira réellement. Rien, dans les informations disponibles, ne permet d'anticiper s'il deviendra un studio de recherche permanent, un espace ouvert au public lors des rendez-vous milanais, ou simplement le nom donné à une pièce où Risso continuera de travailler comme il l'a toujours fait, seul, avec ses tissus et ses obsessions. Mais l'intitulé, à lui seul, trace déjà une intention, celle de faire de l'imagination un lieu et non plus seulement un mot qu'on associe par réflexe à la mode.
Les éditoriaux ne s'y sont pas encore installés. Les photographes n'ont pas encore trouvé l'angle qui fera de ce bureau un décor récurrent de leurs pages. Pour l'instant, le Bureau of Imagination appartient encore à Risso seul, et c'est peut-être dans cette solitude provisoire que se joue tout son intérêt.
Photo : Vitaly Gariev / Unsplash