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Des cordes de pêche réincarnées en assise

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À Rotterdam, un ruban couleur terracotta s'enroule sur lui-même comme s'il hésitait entre la forme d'un coquillage et…

Des cordes de pêche réincarnées en assise

À Rotterdam, un ruban couleur terracotta s'enroule sur lui-même comme s'il hésitait entre la forme d'un coquillage et celle d'une bouée échouée. La surface strie la lumière en centaines de fines côtes parallèles, presque hypnotiques, et sous ce tabouret posé en équilibre sur un seul point de contact, on devine le squelette d'un matériau qui n'a rien d'une matière noble au sens classique du terme. Derrière le conteneur orange qui sert de décor, un sac géant déborde de cordages orange et bleus, mêlés, emmêlés, abandonnés par la pêche industrielle. C'est de ce chaos que naît l'objet.

Le studio The New Raw, basé à Rotterdam, s'est emparé de ces filins marins voués à l'incinération ou à l'enfouissement pour en faire une collection d'assises baptisée Buoy Stools. Le nom dit déjà tout du geste formel : ces tabourets oscillent, ballottent presque, comme s'ils gardaient en mémoire le roulis de l'eau d'où provient leur matière première. La silhouette, imprimée en impression 3D à partir du plastique issu des cordes récupérées, adopte une forme ovoïde légèrement inclinée qui rappelle le mouvement des bouées de signalisation dérivant au large.

Le studio travaille depuis plusieurs années sur la valorisation de déchets plastiques marins, un territoire qu'il a fait sien en réinterrogeant chaque étape de la chaîne : collecte des cordages usagés auprès des ports de pêche, broyage, extrusion, puis impression couche par couche jusqu'à obtenir cette texture annelée si reconnaissable. Rien n'est caché, rien n'est poncé pour dissimuler l'origine du matériau. Les stries visibles sur la paroi du tabouster racontent littéralement le parcours de la matière, de la corde emmêlée au siège fini, sans qu'aucune étape ne cherche à faire oublier l'autre.

Ce choix esthétique, assumer la trace plutôt que la gommer, place le projet dans une filiation précise : celle d'un design qui ne cherche plus à imiter le neuf, mais à montrer sa propre provenance comme un argument de forme. Les Buoy Stools viennent d'être retenues parmi les nominations des Dezeen Awards 2026, l'une des distinctions les plus suivies du secteur, dans la catégorie consacrée au design durable. La remise des prix n'a pas encore eu lieu, ce qui laisse à la pièce le temps d'être découverte avant que le palmarès ne la propulse, ou non, sur le devant de la scène.

Ce qui se joue ici dépasse la simple curiosité matérielle. À l'heure où l'éco-design peine souvent à convaincre sur le plan formel, ces assises prouvent qu'un déchet marin peut devenir un objet désirable sans renoncer à sa part de récit. On s'assoit sur une corde qui a tenu un filet, peut-être traversé une tempête, et qui termine sa trajectoire comme un geste de mobilier presque sculptural. Difficile de dire si le jury des Dezeen Awards couronnera ce pari. Mais sur le pavé d'un entrepôt portuaire, entre conteneurs rouillés et filins encore humides, l'objet a déjà gagné quelque chose : le droit d'être regardé autrement qu'un simple déchet recyclé.

Photo : © The New Raw

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