Manon Lescaut, une parenthèse de huit soirs sur l'avenue Montaigne
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L'Édito Magazine
Le rideau du Théâtre des Champs-Élysées porte encore, dans ses velours, la mémoire de toutes les premières qui l'ont…
Le rideau du Théâtre des Champs-Élysées porte encore, dans ses velours, la mémoire de toutes les premières qui l'ont traversé. Du 7 au 15 novembre, c'est au tour de Puccini d'y revenir, porté par une voix que personne n'a jamais accusé de tiédeur : celle de Roberto Alagna, qui prête son timbre au chevalier des Grieux dans une Manon Lescaut dirigée par l'Orchestre national de France.
L'opéra, créé en 1893, raconte une passion qui se consume plus vite qu'elle ne se construit : Manon, séduisante et insaisissable, entraîne des Grieux vers une déchéance amoureuse qui n'épargne personne. Puccini y déploie une partition où l'orchestre respire avec les personnages, où chaque montée de cordes anticipe le prochain vertige. C'est une œuvre de jeunesse, mais déjà tout entière tournée vers ce que le compositeur saura répéter avec génie dans ses opéras suivants : faire pleurer sans jamais tricher.
Alagna, lui, n'en est pas à sa première incarnation de des Grieux. Le rôle lui colle à la voix depuis des années, et c'est peut-être là que réside l'intérêt de ces représentations parisiennes : entendre un ténor qui connaît ce personnage de l'intérieur, qui en a usé les contours jusqu'à les faire siens. Sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, salle à l'acoustique sèche et précise, construite pour que chaque nuance vocale arrive sans graisse ni fard jusqu'au dernier rang, ce type de familiarité change tout. On n'y assiste pas à une découverte, mais à une relecture, celle d'un artiste qui sait exactement où placer le souffle pour que la douleur de des Grieux sonne juste.
Huit représentations, pas une de plus, du 7 au 15 novembre. Pour une œuvre aussi convoitée, portée par un nom aussi identifié, la fenêtre est courte, presque indécente de brièveté comparée à la durée d'autres productions lyriques parisiennes qui s'étirent sur des semaines. On imagine déjà les places s'évaporer à mesure que la date approche, et c'est justement ce genre d'événement que l'on regrette d'avoir laissé filer en se disant qu'on aurait le temps.
Le Théâtre des Champs-Élysées, avec sa façade Art déco signée Auguste Perret, a toujours cultivé une forme d'élégance sans ostentation, loin du faste doré d'autres scènes lyriques. C'est une salle qui préfère la rigueur des lignes à l'abondance décorative, et cette sobriété architecturale sert étrangement bien la musique de Puccini, qui n'a besoin d'aucun artifice pour atteindre son public. Entre les colonnes de pierre blonde, l'orchestre et les voix devraient suffire à remplir l'espace d'une tension dramatique que la mise en scène n'aura qu'à accompagner.
Reste cette question, un peu têtue, qui accompagne toujours les grandes interprétations : combien de temps encore un ténor peut-il habiter un rôle sans jamais l'épuiser ? À voir la manière dont Alagna continue de se glisser dans la peau de des Grieux, la réponse semble, pour l'instant, ne pas être pour tout de suite.
Photo : Solomon Howard / Théâtre des Champs-Élysées