Burberry convoque trois visages pour un Noël très anglais
MODE
L'Édito Magazine
Robe dorée froissée comme une feuille d'or qu'on vient de déplier, boucles d'oreilles démesurées, un regard droit dans…
Robe dorée froissée comme une feuille d'or qu'on vient de déplier, boucles d'oreilles démesurées, un regard droit dans l'objectif pendant qu'un homme en pull noir pose la main près d'elle. La scène a tout d'un instant volé en marge d'une soirée, ce genre de moment où la mode se raconte autant dans les coulisses que sur le podium. C'est cette économie du geste, cette intimité presque documentaire, que Burberry semble avoir voulu retrouver pour sa nouvelle campagne de fêtes, révélée par WWD avant son déploiement dans la presse grand public.
La maison londonienne a choisi un casting qui ne doit rien au hasard. Pierce Brosnan, silhouette iconique du cinéma britannique, rejoint Fiona Shaw, actrice irlandaise au prestige théâtral autant que cinématographique, et Wu Lei, visage montant du cinéma chinois suivi par une génération entière sur le marché asiatique. Trois générations, trois géographies, trois manières d'incarner une certaine idée de l'élégance britannique transposée à l'échelle internationale. Le choix dit quelque chose du Burberry d'aujourd'hui : une maison qui continue de penser son héritage trench et tartan tout en parlant à des publics qui n'ont pas grandi avec les mêmes références.
Le décor retenu n'est pas anodin non plus. Longleat House, demeure du Wiltshire classée parmi les plus anciennes propriétés anglaises encore habitées, offre à la mise en scène un cadre que la maison n'a pas eu à inventer, un théâtre de pierre, de boiseries et de perspectives qui appartient déjà à l'imaginaire britannique bien avant qu'une marque ne vienne y poser ses caméras. On y devine, sans l'avoir encore vue, une campagne qui jouera sur les contrastes entre la rigueur patrimoniale du lieu et la chaleur attendue d'une publicité de Noël, ce format que les maisons de luxe britanniques affectionnent depuis des décennies pour condenser en quelques images toute une mythologie domestique.
Ce qui distingue cette annonce d'un simple communiqué, c'est justement son timing. WWD a choisi de dévoiler le casting et le lieu de tournage avant que la campagne elle-même ne circule dans les médias, créant un entre-deux rare où l'on connaît les acteurs et le décor sans encore avoir vu l'image. Une manière de laisser le désir se former en creux, par anticipation, plutôt que par la saturation habituelle du lancement publicitaire. Burberry n'a pas encore montré grand-chose, mais a déjà donné de quoi imaginer beaucoup.
Reste à savoir quelle lumière la maison choisira pour habiller ses trois visages, quelle musique accompagnera les premiers plans, et si Longleat House deviendra, le temps d'une saison, aussi reconnaissable que les studios londoniens où se sont tournées les précédentes campagnes de la maison. En attendant, ce qui circule déjà sur les réseaux professionnels de la mode a quelque chose d'un négatif photographique : tout y est suggéré, rien n'y est encore révélé.
Photo : Ray Harrington / Unsplash