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Bruno Pavlovsky prend la barre du Fashion Pact

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Un bureau rue Cambon, une signature de plus en bas d'un document que personne, dehors, ne lira jamais en entier.

Bruno Pavlovsky prend la barre du Fashion Pact

Un bureau rue Cambon, une signature de plus en bas d'un document que personne, dehors, ne lira jamais en entier. C'est souvent ainsi que naissent les basculements discrets du luxe : loin des podiums, dans la prose sobre d'un communiqué institutionnel. Chanel vient d'annoncer que Bruno Pavlovsky, président des activités Mode de la maison, accède à la co-présidence du Fashion Pact, la coalition qui réunit une partie des plus grandes signatures de la mode autour d'engagements environnementaux communs. La nouvelle ne fera trembler aucune Fashion Week. Elle dit pourtant quelque chose d'assez net sur la façon dont l'industrie choisit, aujourd'hui, de se raconter.

Pendant longtemps, le luxe a laissé à d'autres le soin de parler climat, biodiversité, ressources. La beauté, pensait-on, se suffisait à elle-même, n'avait pas à se justifier de son empreinte. Ce temps s'éloigne, lentement mais sûrement, et la nomination de Pavlovsky en est un symptôme plus qu'un hasard de calendrier. Qu'une maison du rang de Chanel, dont la discrétion stratégique confine parfois au secret, accepte de porter publiquement une fonction de gouvernance collective sur ces sujets, voilà qui mérite d'être lu comme un signal plutôt que comme une ligne de plus dans un rapport RSE.

Le Fashion Pact fonctionne un peu comme une diplomatie parallèle de la mode : des maisons concurrentes sur les podiums acceptent de s'asseoir à la même table pour aligner leurs pratiques sur des objectifs qu'aucune ne pourrait tenir seule. Un exercice d'équilibriste, où il faut composer avec des intérêts commerciaux divergents, des calendriers industriels incompatibles, des cultures d'entreprise qui ne parlent pas toujours le même langage. Y occuper une co-présidence, c'est accepter d'arbitrer, de fixer un cap, parfois de dire non à des maisons qui financent par ailleurs les mêmes salons, les mêmes écoles, les mêmes fondations. Chanel, en plaçant l'un de ses dirigeants les plus influents à ce poste, envoie un message à ses pairs autant qu'à ses clientes : la gouvernance du secteur se joue aussi, désormais, loin des comités d'image.

Reste à savoir ce que cette présidence produira concrètement, et c'est là que l'exercice devient intéressant à suivre dans la durée. Les coalitions sectorielles ont souvent pour défaut de transformer l'ambition en formule, le serment en slogan. Rien, dans l'annonce elle-même, ne permet encore de mesurer l'impact réel de cette co-présidence sur les pratiques de Chanel ou du secteur. Mais le geste, lui, est posé, et il arrive à un moment où la mode cherche, un peu partout, à redéfinir ce que signifie être désirable sans être irresponsable.

On ne sait pas encore à quoi ressemblera un défilé pensé depuis cette table de négociation plutôt que depuis un atelier. Mais le simple fait d'imaginer la question donne la mesure de ce que Chanel, en acceptant cette co-présidence, vient de déplacer dans l'équilibre du secteur.

Photo : HALDANE MARTIN / Flickr (CC BY 2.0)

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