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Blancpain retrouve la mémoire de ses femmes

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Un cadran minuscule, un oiseau gravé au revers d'un boîtier, le mot Ladybird murmuré depuis 1956 comme une promesse…

Blancpain retrouve la mémoire de ses femmes

Un cadran minuscule, un oiseau gravé au revers d'un boîtier, le mot Ladybird murmuré depuis 1956 comme une promesse tenue à mi voix. Chez Blancpain, la plus ancienne manufacture horlogère encore en activité, l'histoire s'est longtemps racontée au masculin : fondateurs, maîtres horlogers, calibres pensés pour des poignets d'hommes. La maison du Jura vaudois entreprend aujourd'hui de regarder ailleurs, et cet ailleurs, c'est elle, c'est elles. Ladybird Legacy, nouvelle initiative patrimoniale, se donne pour mission de retracer la place des femmes dans près de trois siècles d'horlogerie Blancpain, de revisiter les archives avec une question simple et pourtant rarement posée : qui, parmi elles, a porté ces montres, les a pensées, les a fait exister.

La Ladybird n'est pas un gadget marketing accroché à l'air du temps. Lancée en 1956, elle fut en son époque l'une des montres mécaniques les plus petites jamais produites, un calibre resserré dans un boîtier qui tenait tout entier dans la paume d'une main. L'objet technique précédait l'intention esthétique : il fallait miniaturiser sans trahir la précision, loger un mouvement complet là où la place manquait. Ce défi d'ingénieur, porté par une maison alors en quête de renouveau après la guerre, s'adressait directement à une clientèle féminine que l'horlogerie suisse, à l'époque, pensait surtout en marge.

Ladybird Legacy reprend ce fil et le tire plus loin. L'initiative promet de documenter les figures féminines qui ont traversé l'histoire de la maison, qu'elles aient porté la montre, dirigé des ateliers, ou simplement incarné, à une époque donnée, l'image que Blancpain voulait donner d'elle même. Un travail d'archiviste autant que de conteur, qui s'annonce comme la première brique d'un projet patrimonial plus large sur le rôle des femmes dans l'horlogerie de luxe, un terrain que la presse spécialisée commence tout juste à explorer avec sérieux.

Quelque chose sonne juste, et un peu tardif aussi, dans ce geste d'une manufacture qui reconnaît que son histoire ne se résume pas aux noms gravés sur les ponts des mouvements. L'horlogerie de luxe a longtemps célébré ses ingénieurs, ses complications, ses records de finesse, en oubliant que la moitié de ceux qui portaient ces montres n'apparaissait nulle part dans le récit officiel. Blancpain ne corrige pas une erreur, elle complète une image restée incomplète par manque d'attention plutôt que par mauvaise foi.

Ce qui se joue avec Ladybird Legacy dépasse le strict cadre horloger. À l'heure où la haute joaillerie et l'horlogerie cherchent de nouveaux récits pour parler à des publics qui ne se reconnaissent plus dans les discours figés, revisiter son patrimoine à travers un prisme genré devient un geste éditorial autant qu'historique. Reste à voir si Blancpain saura tenir cette promesse sur la durée, et faire de cette relecture autre chose qu'un chapitre isolé dans la longue histoire d'une maison qui, décidément, a toujours aimé se raconter en silence.

Photo : seier+seier / Flickr (CC BY 2.0)

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