Le Meurice confie sa salle la plus rêvée à Harry Nuriev
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Une nappe immaculée, un plafond signé Niki de Saint Phalle où tournent des chevaux de manège figés dans la couleur, et…
Une nappe immaculée, un plafond signé Niki de Saint Phalle où tournent des chevaux de manège figés dans la couleur, et au centre de la pièce, le souvenir d'un homme qui dormait à l'étage au-dessus depuis des décennies. La salle du Dalí, au Meurice, n'a jamais été un simple restaurant d'hôtel. Elle porte le nom de Salvador Dalí lui-même, qui avait fait de ce palace de la rue de Rivoli sa résidence parisienne, chambre après chambre, jusqu'à la fin de sa vie. Un lieu chargé, donc, presque intimidant pour quiconque s'y attaque.
C'est pourtant ce terrain que le Meurice a choisi de confier à Harry Nuriev, designer et architecte d'intérieur dont le nom circule depuis plusieurs années dans les cercles les plus pointus du design contemporain, entre Moscou, New York et Paris. Fondateur du studio Crosby Studios, il s'est construit une signature reconnaissable entre mille : volumes gonflés, matières plastiques détournées, mobilier qui semble échappé d'un rêve industriel, une manière très personnelle de rendre le luxe un peu absurde et tout à fait désirable. On ne sait pas encore à quoi ressemblera sa version de la table du Dalí. L'annonce vient tout juste de tomber, et l'ouverture officielle au public n'a pas encore eu lieu. Mais le simple rapprochement des deux noms, celui d'un palace centenaire et celui d'un designer qui ne fait jamais rien sagement, suffit à faire naître une attente.
Ce qui se joue ici dépasse la question du mobilier. Le Meurice appartient à cette poignée d'adresses parisiennes qui ont compris, bien avant d'autres, que l'hospitalité de luxe se réinvente par la culture autant que par le service. Confier sa salle la plus iconique à un créateur habitué aux scénographies de mode et aux installations d'art contemporain, c'est affirmer que l'hôtel reste un lieu vivant, capable de se remettre en jeu sans renier son histoire. Dalí n'aurait sans doute pas détesté l'idée qu'on bouscule un peu son décor. L'homme qui peignait des montres molles n'a jamais été du genre à figer les choses.
Le défi pour Nuriev tient dans cet équilibre à trouver entre deux surréalismes. Celui, suranné et savoureux, de Dalí et de son époque. Et le sien, plus brut, plus ironique, nourri d'une culture visuelle qui doit autant aux réseaux sociaux qu'à l'histoire de l'art. Associer ces deux langages sans que l'un n'écrase l'autre relève d'un exercice de haute couture déguisé en décoration intérieure. On imagine mal le designer effacer le plafond de Niki de Saint Phalle, protégé et célèbre, mais tout le reste de la pièce, de l'assise aux matières en passant par la lumière, semble ouvert à sa patte.
Le Meurice ne communique pas encore de date précise pour la révélation complète de l'espace, et il serait prématuré d'en décrire les contours avant que la salle n'ouvre réellement ses portes. Mais l'adresse, elle, a déjà envoyé un signal clair. À l'heure où tant d'hôtels historiques se contentent de restaurer à l'identique, celui de la rue de Rivoli choisit de confronter sa mémoire à un regard neuf. Reste à savoir si, en poussant la porte du Dalí version Nuriev, on reconnaîtra encore le rêve de l'artiste, ou si c'est un tout autre songe qui nous attendra, assis à la même table.
Photo : Ronald Douglas Frazier / Flickr (CC BY-SA 2.0)