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Simone Rocha va chercher la lumière dans un Caravage qu'on a cru perdu

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À l'Old Bailey, Simone Rocha fait surgir sa collection de l'ombre d'un Caravage retrouvé à Dublin.

Simone Rocha va chercher la lumière dans un Caravage qu'on a cru perdu

Le velours est bleu, d'un bleu profond qui absorbe la lumière plutôt qu'il ne la renvoie, et la robe tombe droite, sans manches, comme un drapé de chapelle mal éclairée. On pense d'abord à un caprice de couturière pour le clair-obscur. On a tort, ou pas tout à fait. Dimanche 20 septembre, sous les marbres de l'Old Bailey, le tribunal criminel de Londres, Simone Rocha a présenté une collection printemps-été 2027 née d'un tableau que le monde a cru perdu pendant près de deux siècles : L'Arrestation du Christ, de Caravage.

L'histoire de cette toile vaut à elle seule un défilé. Peinte en 1602, disparue des radars dès le XVIIIe siècle, attribuée à un suiveur, revendue, oubliée, elle a fini accrochée dans la salle à manger des jésuites de Leeson Street, à Dublin, où personne ne savait qu'on déjeunait sous un Caravage. Il a fallu attendre 1990 pour qu'un restaurateur la reconnaisse. Elle est aujourd'hui en prêt à la National Gallery of Ireland. Pour une créatrice irlandaise installée à Londres, convoquer ce tableau-là plutôt qu'un Caravage du Louvre ou des Offices n'est pas un choix décoratif. C'est une manière de dire d'où l'on regarde.

Ce que Rocha dit avoir retenu de la toile, c'est son intimité. Des visages qui surgissent d'un fond presque entièrement noir, une lumière qui frappe une épaule, une main, un pan de manteau. La maison a cherché l'équivalent textile de ce geste. Le bleu du manteau qui drape le Christ devient la couleur signature de la saison, décliné en velours, en gabardine marine sur des manteaux d'ouvrier aux volumes de cocon, en taffetas froissé sur des robes boules qui semblent flotter. Autour, du lavande, du rouge sang, des blancs crus, et ces noirs d'organza de soie qui laissent deviner un poignet comme on devine un visage dans une toile éclairée à la bougie.

Depuis ses débuts, Simone Rocha construit un univers où le romantisme gothique irlandais rencontre une féminité blessée, jamais fragile. Tulle, dentelle noire, perles à demi cassées, silhouettes qui tiennent malgré tout : sa grammaire est reconnaissable au premier regard. Ce qui change cette saison, c'est la mise à nu. « Je voulais quelque chose de plus vulnérable », a-t-elle expliqué en coulisses, « que ce soit en exposant la peau ou les sous-vêtements ». D'où ces nuisettes de satin dont l'encolure se décolle, ces brassières-harnais, ces bloomers de tulle portés en pleine lumière, ces blousons Harrington gonflés à des proportions d'opéra, ouverts sur presque rien. Et, partout, des roses en trois dimensions, en soie ou en cuir, posées au col comme des touches de lumière sur un fond sombre.

La référence n'est pas gratuite. Elle s'inscrit dans une tradition que la mode redécouvre depuis quelques saisons : puiser dans l'histoire de l'art non pour décorer un vêtement, mais pour lui donner une tension narrative. Caravage a passé sa carrière à peindre la violence, le sacré et le charnel sur le même visage. Rocha, elle, a toujours cherché cette tension entre la douceur apparente d'un tissu et la dureté d'une construction presque architecturale. Le rapprochement n'a rien d'anodin, pas plus que le lieu : un tribunal pour une scène d'arrestation.

Reste une question, presque plus intéressante que la collection elle-même. Que se passe-t-il quand une créatrice choisit de rendre hommage à ce qu'on avait cessé de chercher ? Peut-être justement cela, que Rocha résume en une phrase : trouver la plus belle chose dans un endroit inattendu. Un réfectoire de Dublin, un tribunal de Londres, une robe qui surgit de l'ombre plutôt que de s'y fondre.

Simone Rocha printemps-été 2027, Londres — © Launchmetrics/Spotlight, via FashionNetwork

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