Zurich prend une longueur d'avance sur Portland
MODE
L'Édito Magazine
Mbappé change de crampons et de statut : de Nike à On, il devient partenaire de conception autant qu'ambassadeur.
Un crampon blanc, une virgule sur le talon, la démarche reconnaissable entre mille sur une pelouse filmée en contre-jour. Depuis vingt ans, cette silhouette appartenait à Nike. Elle appartient désormais à une marque suisse née à Zurich en 2010, spécialisée dans la course à pied et restée jusqu'ici à l'écart du football professionnel.
Kylian Mbappé quitte Nike. L'annonce, le 18 septembre, met fin à une histoire qui remontait à son enfance, quand l'équipementier de Portland avait flairé le potentiel du gamin de Bondy plus vite que les autres. « Aujourd'hui, après vingt années ensemble, nos chemins se séparent. Mais une histoire comme celle-là ne s'efface pas », a-t-il écrit. Il rejoint On, marque connue jusqu'ici pour ses chaussures de running et pour Roger Federer, actionnaire depuis 2019, et il y entre sur le même modèle : ambassadeur mondial, mais aussi actionnaire, avec des bonus indexés sur ses titres pendant une décennie. Nike, dit-on, était prêt à s'aligner. Ce n'était donc pas une question d'argent.
Le geste est stratégique autant que symbolique. Nike et Adidas se partagent le football depuis des décennies, avec leurs armées d'ambassadeurs et leurs crampons renouvelés chaque saison selon un rythme presque industriel. On vient d'un autre monde : celui de la performance pure, du minimalisme technique, d'une esthétique suisse qui ne cherche jamais à crier plus fort que nécessaire. Mais la marque prépare son entrée depuis un moment. Thierry Henry dirige sa division football depuis la fin 2025, la Suissesse Sydney Schertenleib, du FC Barcelone, travaille déjà la gamme féminine, et le compte @on.football comptait 250 000 abonnés avant même la première chaussure. « Le football a besoin d'idées neuves et d'un challenger », résume David Allemann, cofondateur et co-CEO.
Ce qui sortira sous le nom de Mbappé n'existe pas encore en vitrine, mais il n'est plus tout à fait un dessin. La ligne de crampons est annoncée pour 2027, construite autour de LightSpray, cette technologie maison où un bras robotisé pulvérise la tige de la chaussure en un seul filament, sans couture ni lacet. Une première paire modifiée, avec lacets, a déjà été testée à l'entraînement ; le joueur l'usera avant qu'elle ne foule une pelouse de match. Les photos officielles, signées Juergen Teller, le montrent d'ailleurs appuyé sur le robot, en survêtement camel, comme un ouvrier posant devant sa machine. Le message est clair : Mbappé ne sera pas un visage de campagne, mais un partenaire de conception.
Ce type d'alliance annonce quelque chose de plus large que la signature d'un contrat. Le football commence à ressembler à ce que la mode a vécu il y a une dizaine d'années, quand les logos ont cessé de suffire et que les collaborations sont devenues le langage commun entre sport et style. Les athlètes ne veulent plus seulement porter une marque, ils veulent la coconstruire, y injecter leur propre univers, et en détenir une part. On l'a compris en misant sur un nom capable de faire basculer d'un coup toute une catégorie de produits vers un public qui ne s'intéressait pas forcément à la course à pied.
Ni la silhouette finale du crampon, ni la campagne, ni le prix n'ont été dévoilés. Mais le mouvement est lancé, et il se regarde comme on observe le premier tissu tendu sur un mannequin avant un défilé : on ne sait pas encore ce que ça deviendra, seulement qu'il faudra s'en souvenir.
Kylian Mbappé pour On — © Juergen Teller / On