Souscrivez maintenant pour un accès ininterrompu. Découvrez le contexte derrière chaque histoire pour 1,99 € par mois.

Le Père Noël a un alibi, et il est mauvais

SORTIR / AGENDA

Photo de l'auteur

Sous les guirlandes et la neige en coton, une comédie décalée s'attaque à Noël avant que Paris ne cède à la nostalgie…

Le Père Noël a un alibi, et il est mauvais

Une guirlande clignote trop fort dans le noir, un sapin en plastique penche légèrement vers la salle, et quelque part sous la neige en flocons de coton, un huis clos s'apprête à tourner au vinaigre. Voilà le décor planté par « Réveillon en Laponie », cette comédie qui a choisi, avec un certain aplomb, de s'attaquer à la période la plus sacro-sainte du calendrier avant même que les premières vitrines parisiennes ne s'illuminent.

Le postulat tient en une image renversée. Pas de traîneau qui glisse sous les étoiles, pas de lutins affairés dans une atmosphère de carte postale scandinave. À la place, un enfermement, des personnages coincés les uns avec les autres le soir le plus attendu de l'année, et tout ce que cette promiscuité forcée peut révéler de grinçant. La magie de Noël, ici, ne résiste pas longtemps au premier éclat de voix. C'est cette tension entre le décorum chaleureux et la mécanique du vaudeville qui fait tenir la pièce : on attend des chants, on obtient des règlements de comptes en chaussettes de laine.

Le choix du calendrier n'est pas anodin. Pendant que la majorité des salles parisiennes attendent encore décembre pour dégainer leurs spectacles de fêtes, souvent calibrés pour attendrir plutôt que pour mordre, « Réveillon en Laponie » se glisse en éclaireur, bien avant que le marché ne sature de sapins scintillants et de contes pour toute la famille. Cette antériorité donne à la pièce une saveur particulière : elle permet de rire de Noël sans la pression du Noël lui-même, sans la nostalgie qui finit toujours par attendrir même les esprits les plus sceptiques fin décembre.

Ce type d'écriture théâtrale repose sur un exercice d'équilibriste qu'on sous-estime trop souvent. Egratigner un mythe aussi universel sans sombrer dans le cynisme facile, maintenir le rire sans perdre la tendresse qui fait, malgré tout, le charme de ces réunions familiales ratées : c'est tout l'enjeu d'un huis clos comique réussi. La Laponie, ici, n'est pas qu'un décor blanc et froid, elle devient un espace clos où les masques tombent, un peu comme ces soirées de famille où l'alcool coule et où les non-dits remontent à la surface entre deux chansons traditionnelles.

On pourrait se demander pourquoi s'infliger une comédie qui démolit ce que l'on célèbre à grand renfort de guirlandes et de marché de Noël. La réponse tient peut-être dans ce besoin, chaque fin d'année, de se moquer un peu de ce que l'on attend avec trop d'empressement. Rire avant de pleurer de joie devant le sapin familial, en somme. Une manière de désamorcer, l'espace d'une heure et demie, la pression collective qui s'abat sur décembre.

Reste à savoir si le public parisien, encore loin des premières neiges, saura accueillir cette parenthèse décalée avant que la vague des spectacles de Noël, plus consensuels, ne vienne recouvrir l'offre théâtrale d'un vernis plus prévisible. Pour l'instant, sous les flocons en coton, quelque chose grince joyeusement, et c'est exactement ce qu'on attendait.

Photo : Théâtre de la Renaissance

Partagez l'article

Recommandé pour vous

Découvrez les tendances ...

abonnement magazines
L'Édito
Créer un compte

En soumettant mes informations, j'accepte la Politique de confidentialité et Conditions d’utilisation.

Vous avez déjà un compte ?
L'Édito
Se connecter

En soumettant mes informations, j'accepte la Politique de confidentialité et Conditions d’utilisation.

Vous n’avez pas de compte ?