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Le marché de l'occasion horlogère trouve enfin ses gardiens

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Une Royal Oak de 1983 passe de poignet en poignet depuis quarante ans sans que personne, hormis son propriétaire du…

Le marché de l'occasion horlogère trouve enfin ses gardiens

Une Royal Oak de 1983 passe de poignet en poignet depuis quarante ans sans que personne, hormis son propriétaire du moment, ne sache vraiment d'où elle vient. Le bracelet a été reposé, le mouvement révisé deux ou trois fois peut-être, la provenance racontée de bouche à oreille entre collectionneurs. C'est tout l'enjeu du marché de l'occasion horlogère : une zone grise où la confiance repose sur la parole d'un revendeur, jamais sur la Maison elle-même.

Audemars Piguet vient de refermer cette parenthèse, du moins en partie. Avec le lancement de The Watch Keepers, plateforme officielle dédiée à la revente de ses propres garde-temps, la manufacture du Brassus prend acte d'un marché qu'elle avait jusqu'ici laissé filer entre les mains des maisons de vente aux enchères et des plateformes spécialisées. Le nom choisi ne doit rien au hasard : garder, surveiller, accompagner une montre bien après qu'elle a quitté l'atelier. Une façon de dire que la responsabilité de la Maison ne s'arrête pas au moment de la vente initiale.

L'initiative s'inscrit dans un mouvement plus large que la seule actualité d'Audemars Piguet. Depuis quelques années, les grandes signatures horlogères regardent le marché secondaire avec un intérêt qu'elles affichaient peu auparavant, soucieuses de reprendre la main sur la traçabilité, l'authentification et, au fond, sur la valeur de leurs propres créations une fois sorties du circuit officiel. Longtemps considéré comme un territoire parallèle, presque concurrent, le seconde main devient un argument de marque à part entière. Ce que ce type de dispositif promet, en théorie : une montre dont l'historique est vérifié, et une Maison qui continue de répondre d'elle même après l'achat initial. Ce n'est plus une occasion au sens diminué du terme, c'est l'acquisition d'une pièce que l'on n'abandonne jamais tout à fait.

Le geste a aussi une valeur stratégique plus discrète. En structurant elle-même la revente, une manufacture protège ses prix, limite les circuits parallèles et garde un œil sur la circulation réelle de ses modèles les plus recherchés, ceux dont la rareté organisée fait justement tout le prix. Le marché gris, longtemps toléré faute de mieux, devient un terrain que l'on cultive plutôt qu'un angle mort que l'on subit. Audemars Piguet n'invente pas l'idée, elle l'institutionnalise, et le timing compte autant que le geste : agir avant que la généralisation du phénomène ne rebatte toutes les cartes.

Reste à savoir si ce mouvement deviendra la norme du secteur ou restera l'apanage de quelques manufactures assez puissantes pour se le permettre. Les montres, elles, continueront de circuler, de poignet en poignet, qu'on les surveille ou non. Mais pour la première fois, l'une d'entre elles a décidé de ne plus les perdre de vue.

Photo : Jorge Royan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

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