Souscrivez maintenant pour un accès ininterrompu. Découvrez le contexte derrière chaque histoire pour 1,99 € par mois.

La villa blanche retient son souffle jusqu'au 15 octobre

MODE

Photo de l'auteur

Volets clos sur la colline d'Hyères : la villa Noailles prépare en silence son 41e Festival de mode.

La villa blanche retient son souffle jusqu'au 15 octobre

Les volets sont clos, les jardins en terrasses désertés, et sur les murs immaculés de Mallet-Stevens ne traînent que quelques outils oubliés par les équipes de montage. Depuis le 31 août, la villa Noailles ne reçoit plus personne. Pas de visiteurs, pas de curieux venus admirer cette architecture moderniste plantée au-dessus d'Hyères comme un vaisseau blanc échoué sur la colline. Le silence, jusqu'au 14 octobre inclus, appartient aux techniciens.

Cette fermeture n'a rien d'un entretien saisonnier. Elle prépare la 41e édition du Festival international de mode, de photographie et d'accessoires, rendez-vous devenu incontournable pour qui suit la création émergente sans vouloir se noyer dans le calendrier saturé des grandes semaines internationales. La villa rouvrira le jeudi 15 octobre, et avec elle tout un pan de la jeune création qui, depuis quatre décennies, trouve à Hyères un terrain d'expression rare : celui où l'on présente son travail sans le filtre des maisons établies, sans le vernis publicitaire des podiums parisiens.

Le principe reste celui qui a fait la réputation du lieu. Des finalistes en mode, en photographie, en accessoires viennent défendre des collections et des séries devant trois jurys, présidés cette année par Chemena Kamali, directrice de la création de Chloé, la photographe Camille Vivier et la Danoise Cecilie Bahnsen. L'architecture elle-même participe au récit : ces lignes pures, ces terrasses suspendues au-dessus de la Méditerranée, dessinées dans les années 1920 pour Charles et Marie-Laure de Noailles, composent un décor qui n'a jamais eu besoin d'artifice pour être photogénique. On y sent encore quelque chose de l'esprit des Noailles, ce mécénat d'avant-garde qui accueillait Buñuel et Man Ray avant que le mot « avant-gardiste » ne devienne un argument marketing.

Pour les lecteurs qui envisagent le déplacement, mieux vaut s'organiser maintenant, car le programme tient en quatre jours. Le jeudi 15, cérémonie d'ouverture à 19 h 30, libre et sans réservation, avec des navettes depuis la place Clemenceau. Le vendredi 16, expositions de 11 h à 20 h et défilés à 18 h et 21 h, gratuits mais sur réservation, ouverte à partir du 7 octobre. Le samedi 17, tables rondes le matin, remise des prix entre 14 h et 16 h, projection en plein air à 19 h. Le dimanche 18, les expositions, de 10 h à 18 h. Les expositions, elles, dépasseront largement la durée du festival : elles resteront visibles jusqu'au 28 février 2027, offrant une deuxième vie à des travaux souvent trop vite oubliés une fois les projecteurs éteints ailleurs.

Cette temporalité étirée sonne juste. Hyères ne fonctionne pas comme un défilé qu'on consomme en quelques minutes de scroll. La ville, la villa, le rythme même du festival imposent une lenteur presque anachronique, celle d'un regard qui prend le temps de s'arrêter sur une matière, une coupe, un tirage argentique avant de passer au suivant. C'est peut-être ce que cherchent ceux qui font le voyage jusqu'au sud, loin des tapis rouges et des embargos calculés à la minute près : un endroit où la mode se regarde encore comme on regarde une œuvre, sans se presser.

Dans quelques semaines, les échafaudages auront disparu, les volets se rouvriront sur la baie d'Hyères, et la villa retrouvera cette blancheur presque irréelle qui fascine les photographes depuis un siècle. En attendant, elle patiente, fenêtres fermées, gardant pour elle seule le secret de ce que la nouvelle génération s'apprête à montrer.

La villa Noailles, Hyères — photographie Luc Bertrand © Villa Noailles Hyères

Partagez l'article

Recommandé pour vous

Découvrez les tendances ...

abonnement magazines
L'Édito
Créer un compte

En soumettant mes informations, j'accepte la Politique de confidentialité et Conditions d’utilisation.

Vous avez déjà un compte ?
L'Édito
Se connecter

En soumettant mes informations, j'accepte la Politique de confidentialité et Conditions d’utilisation.

Vous n’avez pas de compte ?