Au Grand Palais, Fine Arts Paris a changé de main, de toit et de génération
CULTURE
L'Édito Magazine
Nouveau toit, nouvelle présidence, nouvelle génération : Fine Arts Paris se réinvente au Grand Palais.
Sous la verrière du Grand Palais, la lumière ne tombe jamais tout à fait comme ailleurs. Elle se pose sur les cadres dorés, glisse sur le vernis craquelé d'un paysage du XVIIe siècle, s'attarde sur la mine de plomb d'un dessin qu'un marchand vient de sortir de sa réserve pour un client encore hésitant. Du 19 au 23 septembre, une centaine de galeries venues du monde entier y ont installé Fine Arts Paris, la foire qui parle bas et regarde longtemps avant d'acheter, loin du tumulte des rendez-vous d'art contemporain. Les portes viennent de se refermer. C'est le moment de regarder ce qui a changé.
Trois choses, en réalité. Le toit, d'abord : après le Carrousel du Louvre, la foire s'est installée avenue Winston-Churchill, dans une nef restaurée qui donne aux tableaux anciens une échelle qu'ils n'avaient plus. La main, ensuite : depuis octobre 2025, Fine Arts Paris est présidée par Xavier Eeckhout, marchand de sculpture animalière, successeur de Louis de Bayser. Dans un milieu où l'on préside souvent par ancienneté, par consensus tacite entre confrères qui se connaissent depuis des décennies, confier les rênes à quelqu'un qui vend, négocie et expertise au quotidien était un pari : celui d'une gouvernance pensée depuis le stand plutôt que depuis un bureau. Cette édition était sa première.
La génération, enfin, et c'est là que la présidence Eeckhout se lit le mieux. « C'est notre rôle d'aider ceux qui n'ont pas encore de galerie », disait-il à The Art Newspaper quelques jours avant l'ouverture. D'où Nouveaux Horizons, une section inédite réservée à onze jeunes marchands qui exposaient pour la première fois dans une grande foire internationale, sur des stands d'une dizaine de mètres carrés à coût réduit, placés non pas en marge mais dans les allées principales. Pour un lecteur qui aime repérer avant les autres, c'est là qu'il fallait passer du temps : ces enseignes-là seront les galeries installées de 2030.
Le reste de la foire disait la même ambition, avec d'autres moyens. Des décorateurs de renom, Jacques Grange, Jacques Garcia, Tristan Auer, invités à composer un best-of parmi les œuvres exposées, manière de rappeler que l'art ancien se vit dans un intérieur avant de se contempler dans un musée. Un déjeuner d'ouverture déplacé pour la première fois sur les balcons d'honneur, confié à la cheffe Manon Fleury. De nouveaux exposants de poids, Waddington Custot, Thomas Gibson, Galerie Chenel, Landau Fine Art, Applicat-Prazan. Et trois chefs-d'œuvre du XVIIe siècle restaurés grâce à la Fondation pour la Sauvegarde de l'Art Français, montrés comme on montre un secret. Le prix CPGA–Fine Arts Paris est allé à Haesaert-Le Grelle, spécialiste des arts décoratifs des XIXe et XXe siècles, avec une mention pour la galerie Berès.
On peut y voir une nécessité plus qu'une audace. Le marché de l'art ancien vit sous la pression des foires généralistes, qui happent l'attention, les budgets et surtout les acheteurs les plus jeunes. Fine Arts Paris s'est construite en contrepoint, en refuge pour une clientèle de connaisseurs et de conservateurs. Mais un refuge qui ne se renouvelle jamais finit par ressembler à un musée, et un musée n'attire plus les foules d'un marché vivant. Faire entrer les galeries de demain dans les allées d'aujourd'hui, c'est peut-être la meilleure façon d'éviter cet embaumement.
Ce qui se joue ici dépasse une édition. C'est la question de savoir si l'art ancien, à Paris, a encore les moyens de sa propre modernité. La réponse, cette année, tenait dans onze petits stands. La prochaine est déjà datée : du 17 au 22 septembre 2027, même verrière.
Fine Arts Paris, allée de la foire — © FAB / Fine Arts Paris