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Sur scène, la haute couture retrouve son corps

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Des silhouettes qui avancent sans la raideur du podium, des tissus qui répondent au mouvement plutôt qu'à la pose…

Sur scène, la haute couture retrouve son corps

Des silhouettes qui avancent sans la raideur du podium, des tissus qui répondent au mouvement plutôt qu'à la pose : c'est cette image que laisse deviner "Haute Couture", la pièce signée par le collectif Horatio et Les Visiteurs du Soir. Ni défilé au sens classique, ni spectacle de danse au sens pur, l'objet refuse de choisir son camp. Et c'est exactement pour cela qu'il mérite qu'on s'y attarde.

La mode a souvent flirté avec la chorégraphie, mais rarement jusqu'à s'y dissoudre entièrement. Ici, le vêtement cesse d'être montré pour devenir dansé, porté par des corps qui l'habitent autrement qu'un mannequin ne le ferait sur un runway. On imagine la tension entre la rigueur du geste chorégraphique et la liberté presque anarchique du tissu qui vole, se tend, retombe. Le titre choisi, "Haute Couture", n'est pas un hasard de communication : il revendique frontalement l'appartenance au vocabulaire de la mode, tout en s'en détachant par la forme.

Le mot "manifeste" accolé à la performance en dit long sur l'intention. Il ne s'agit pas d'un simple exercice de style où la danse emprunterait les codes du podium pour se parer d'un vernis glamour. L'ambition semble plus frontale : interroger ce que la mode fait au corps, et ce que le corps, en mouvement, révèle du vêtement que l'œil statique d'un défilé ne capte jamais. Un corsage qui se déforme sous l'effort, une jupe qui se soulève par le saut plutôt que par le vent d'un ventilateur backstage, tout cela raconte une matière différemment.

Ce croisement entre danse contemporaine et grammaire du défilé appartient pleinement au territoire que L'EDITO aime arpenter. Pas celui, déjà balisé, des collaborations entre Maisons et chorégraphes pour une campagne ou un lancement. Plutôt celui, plus incertain et plus excitant, où la mode cesse d'être un produit fini pour redevenir un langage en expérimentation. Horatio et Les Visiteurs du Soir ne vendent rien ici, ils proposent une hypothèse : et si le vêtement de couture n'avait jamais été pensé pour l'immobilité du podium, mais pour l'instabilité du geste ?

On ne sait pas encore si la presse de mode généraliste s'emparera du sujet, ni dans quelle mesure cette performance annonce une tendance plus large de rapprochement entre les deux disciplines. Ce qui est certain, c'est que la pièce coche, presque trait pour trait, les obsessions qui traversent la création contemporaine en ce moment : hybridation des formats, refus des hiérarchies entre arts dits mineurs et majeurs, désir de remettre du vivant là où la mode s'est parfois figée en image.

Reste la question du souffle. Un défilé dure, en moyenne, le temps d'une quinzaine de minutes, le temps d'un regard qui balaie sans s'attarder. Une pièce chorégraphique, elle, impose la durée, l'essoufflement visible, la sueur qui finit par marquer le tissu. "Haute Couture" promet justement cette collision entre deux temporalités que tout semblait opposer. On y entre en spectateur de mode, on devrait en sortir avec, dans l'œil, autre chose : le souvenir d'un vêtement qui a vécu, le temps d'une représentation, bien plus qu'il n'a jamais été montré.

Photo : Le 13e Art / Horatio & Les Visiteurs du Soir

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