Le casino d'Ocean's rouvre, sans son croupier historique
CULTURE
L'Édito Magazine
Vingt et un ans après le premier casse, Hollywood rouvre la table sans son réalisateur historique.
Un stetson posé sur une table de black jack, des jetons qui roulent encore sous la lumière tamisée d'un casino de Las Vegas : c'est cette image qui a construit, film après film, l'identité d'une franchise devenue culte. Ocean's Eleven, puis ses suites, ont façonné pendant deux décennies une certaine idée du casse chic, du costume trois pièces et du sourire en coin de George Clooney. Vingt et un ans après le premier braquage, Hollywood s'apprête à rouvrir la table. Mais la main qui distribue les cartes ne sera pas celle qu'on attendait.
Steven Soderbergh, réalisateur des trois premiers volets et architecte visuel de toute la saga, ne signera pas la mise en scène d'Ocean's 14. L'information circule depuis plusieurs jours dans les coulisses des studios, confirmée à L'EDITO avant sa diffusion par les grands médias généralistes américains. Le nom du nouveau metteur en scène n'a pas encore fait l'objet d'une annonce officielle du côté du studio, et il serait prématuré, même pour nous, de le graver dans le marbre avant que Warner Bros n'ait validé la communication. Ce qui est certain, en revanche, c'est le divorce créatif entre la franchise et son fondateur esthétique.
Ce genre de rebondissement n'a rien d'anodin pour une saga qui s'est toujours pensée comme une signature d'auteur déguisée en blockbuster grand public. Soderbergh avait imposé à Ocean's Eleven une élégance de montage, des zooms discrets, une bande originale jazzy signée David Holmes, une façon presque désinvolte de filmer le luxe sans jamais s'y attarder trop longtemps. Ses successeurs devront composer avec cet héritage tout en évitant le piège du remake nostalgique. Le nouveau venu hérite d'un cahier des charges impossible : convaincre une génération qui n'a jamais vu les films en salle, tout en rassurant celle qui connaît par cœur chaque réplique de Danny Ocean.
Les rumeurs de casting, elles, restent tout aussi mouvantes que celle du fauteuil de réalisateur. Aucune confirmation d'acteurs n'a filtré à ce stade, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Ce que l'on sait, c'est que le script serait en cours de finalisation et que le studio viserait une production pour les prochains mois, sans date de sortie arrêtée. Un flou savamment entretenu, à l'image de la franchise elle-même, qui a toujours préféré le silence des braqueurs au bruit des bandes-annonces.
Reste une question, presque plus intéressante que le nom lui-même : peut-on hériter d'un style sans en devenir le simple exécutant ? Soderbergh avait cette façon de filmer l'argent sale comme s'il s'agissait de soie. Son remplaçant devra trouver sa propre matière, sa propre lumière, sans trahir ce qui a fait de Las Vegas un décor presque parisien dans son raffinement suranné. En attendant que le studio abatte officiellement sa carte, une chose demeure certaine : hériter d'une signature ne suffit pas à la prolonger, et c'est ce défi qu'il faudra relever dans l'ombre, avant que le nom du nouveau croupier ne soit enfin dévoilé.
Photo : © Warner Bros.