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La jeunesse aurait-elle un goût de pain frais ?

BEAUTÉ

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Une mie encore tiède, une croûte qui craque sous le couteau, un carré de beurre qui fond avant même de toucher la…

La jeunesse aurait-elle un goût de pain frais ?

Une mie encore tiède, une croûte qui craque sous le couteau, un carré de beurre qui fond avant même de toucher la tranche. L'image a quelque chose de presque coupable, tant elle contredit dix ans d'injonctions nutritionnelles où le glucide fut relégué au rang d'ennemi silencieux de la silhouette, de la peau, du sommeil, de tout ce qui touche de près ou de loin à la beauté. Et pourtant.

Une étude relayée par le magazine américain Allure vient bousculer cette orthodoxie low-carb devenue quasi religieuse dans les cercles wellness. Son hypothèse : une alimentation plus riche en glucides pourrait ralentir l'âge biologique, à rebours de tout ce que les protocoles cétogènes et autres régimes hyperprotéinés ont installé comme évidence depuis une décennie. Le sucre lent, longtemps banni des assiettes soucieuses de longévité, y retrouverait un rôle qu'on lui refusait obstinément.

Le paradoxe mérite qu'on s'y arrête, justement parce qu'il survient au moment où l'industrie beauté et nutrition s'apprête, très probablement, à s'en emparer. On connaît le mécanisme : une étude publiée dans une revue scientifique, reprise par un titre anglo-saxon, puis déclinée en argument marketing dans les mois qui suivent, jusqu'à devenir la promesse imprimée sur l'étiquette d'un complément alimentaire ou d'une barre énergétique "anti-âge". L'EDITO préfère regarder la chose avant qu'elle ne se transforme en slogan, quand elle est encore une donnée brute, presque nue.

Ce que suggère l'étude relayée par Allure, c'est que la privation systématique de glucides, pratiquée dans l'espoir de préserver la jeunesse cellulaire, pourrait en réalité produire l'effet inverse. Le corps, privé de son carburant naturel, compenserait par des mécanismes de stress métabolique qui, sur la durée, accéléreraient certains marqueurs du vieillissement. À l'inverse, une alimentation qui réintègre les glucides avec intelligence, sans excès ni diabolisation, semblerait associée à un âge biologique plus jeune que l'âge réel des sujets observés.

Rien ici ne ressemble à une invitation au laisser-aller. La nuance compte autant que la donnée elle-même : il ne s'agit pas de glucides raffinés consommés sans mesure, mais d'un rééquilibrage qui redonne sa place à des sources plus complexes, pain, céréales complètes, légumineuses, ce que la diététique française appelait autrefois, avec moins de grandiloquence, l'équilibre alimentaire. Le vocabulaire scientifique parle d'âge biologique ralenti ; le vocabulaire du quotidien, lui, parlerait simplement d'un retour au bon sens, longtemps sacrifié sur l'autel de la performance métabolique.

Reste une question, plus intéressante encore que l'étude elle-même : combien de temps avant que ce même carb-loading, aujourd'hui hypothèse scientifique fragile, ne devienne le nouvel argument de vente d'une gamme de compléments ou d'un protocole détox repensé pour l'automne ? L'histoire récente du wellness a montré, avec le collagène, avec le jeûne intermittent, avec tant d'autres promesses, la vitesse à laquelle une donnée de laboratoire se change en produit de grande consommation. Pour l'instant, la seule certitude tangible reste sensorielle : une tartine dorée, un peu de miel, et l'idée, encore fragile, qu'on pourrait bientôt vieillir mieux en mangeant comme on aime.

Photo : © Briana Rengifo pour Allure (images sources : Getty Images)

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