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L'art se faufile dans les traboules lyonnaises

CULTURE

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À Lyon, la Biennale d'art contemporain fait circuler les œuvres entre trois lieux comme on traverse une traboule.

L'art se faufile dans les traboules lyonnaises

Une traboule, à Lyon, ne se raconte pas, elle se traverse. On entre par une porte cochère qui ne paie pas de mine, on longe un couloir de pierre froide, et soudain une cour intérieure s'ouvre, inattendue, comme si la ville gardait pour elle seule ce passage entre deux rues. C'est ce geste-là, ce basculement d'un espace à un autre sans prévenir, que la 18e Biennale d'art contemporain de Lyon a choisi comme fil conducteur. Du 19 septembre au 13 décembre, l'exposition ne se contente pas d'occuper des murs : elle organise une circulation, un déplacement, presque une dérive urbaine entre trois lieux qui n'ont, en apparence, rien en commun.

Le macLYON, d'abord, terrain naturel de la scène contemporaine dans la ville, ancré depuis des années dans ce rôle de vigie. Les Grandes Locos ensuite, friche industrielle réinvestie où les rails et les hangars racontent une autre histoire de Lyon, celle du travail et de la matière brute. Et le Musée des Tissus enfin, mémoire textile de la ville, soierie et savoir-faire, endroit où l'on s'attend le moins à croiser l'art d'aujourd'hui, et c'est justement pour cela qu'il y trouve sa place dans ce parcours.

La commissaire Catherine Nichols a construit cette édition comme on dessine un trajet plutôt qu'un accrochage. Passer d'un site à l'autre devient une partie de l'œuvre elle-même : le visiteur ne regarde pas seulement des pièces exposées, il traverse la ville, il change de quartier, de texture, de lumière. Le macLYON offre le cadre institutionnel, blanc et net. Les Grandes Locos imposent leur échelle industrielle, leurs volumes qui écrasent presque ce qu'ils accueillent. Le Musée des Tissus, lui, ramène tout à l'échelle de la main, du fil, du geste ancien, un contrepoint sensible aux deux autres lieux, plus frontal dans son rapport au temps.

Ce choix des traboules comme métaphore n'a rien d'anecdotique pour une ville qui a fait de ces passages une part de son identité, presque de son folklore. Mais la Biennale ne s'en sert pas comme d'un décor pittoresque : elle en fait un principe de mise en espace, une manière de dire que l'art contemporain, à Lyon, ne se laisse pas enfermer dans un seul bâtiment, aussi prestigieux soit-il. Il circule, il change de nature selon l'endroit où on le rencontre, il oblige à marcher, à sortir, à revenir.

Trois mois, c'est long pour une biennale, assez long pour qu'on ait le temps de la prendre par n'importe quel bout, de commencer par les Grandes Locos un samedi de septembre encore chaud et de finir au Musée des Tissus un dimanche de décembre, quand la lumière de Lyon tombe tôt et rase les vitrines de soie. D'ici la fin de l'année, ce parcours mérite une place dans l'agenda de quiconque aime que l'art le fasse marcher plutôt que de l'attendre sagement dans une seule salle. La ville, elle, continuera de garder ses traboules fermées le reste de l'année : trois mois d'exception, pas un jour de plus.

Photo : © Biennale de Lyon

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