Gustave Fayet, le nom que l'histoire de l'art a oublié de citer
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L'Édito Magazine
Il a vu Gauguin, Van Gogh et Redon avant tout le monde, mais l'histoire a oublié son nom.
Dans le coin d'un tableau de Gauguin, dans la correspondance d'un Van Gogh, dans l'atelier où Odilon Redon peignait ses derniers rêves, un même visage revient. On ne le connaît pas. On ne lui a jamais consacré de biographie grand public, jamais de rétrospective à son nom dans les grands musées parisiens. Et pourtant, Gustave Fayet a côtoyé tout ce que la peinture française comptait de visionnaires au tournant du siècle : Van Gogh, Redon, Gauguin, Cézanne, Degas, Morisot. Une génération entière de génies qui ont traversé sa vie sans que la postérité ne retienne la sienne.
Une exposition entreprend aujourd'hui de réparer cet oubli, non pas en racontant une fois de plus l'histoire des artistes qu'il a aimés, mais en la racontant à travers lui. L'angle est rare, presque à contre-courant d'un marché de l'art qui préfère toujours la signature au regard qui l'a reconnue. Car derrière chaque toile majeure du dix-neuvième finissant se cache souvent un œil discret qui a su voir avant les autres ce que le public mettrait des décennies à comprendre. Fayet fut cet œil là.
Mécène au sens le plus ancien du terme, celui qui ne se contentait pas d'acheter mais qui accompagnait, encourageait, parfois finançait les expérimentations les plus risquées de son époque, Fayet appartient à cette catégorie de figures que l'histoire de l'art range trop vite dans les notes de bas de page. On cite son nom dans une correspondance, une dédicace, une anecdote d'atelier, jamais comme sujet principal. L'exposition inverse la perspective : elle fait de lui le centre, et des œuvres qu'il a côtoyées les témoins d'une sensibilité, d'un goût, d'une manière de regarder le monde qui lui était propre.
Ce choix éditorial dit quelque chose d'une époque qui redécouvre la valeur du collectionneur comme créateur à part entière. Choisir une toile plutôt qu'une autre, soutenir un peintre que personne ne comprend encore, construire autour de soi un cercle d'amitiés artistiques assez intense pour traverser le temps, c'est une forme de création silencieuse, sans pinceau ni ciseau, mais avec un instinct tout aussi rare. Redon, Gauguin, Cézanne n'avaient pas besoin de Fayet pour exister. Mais leur rencontre avec lui a sans doute nourri ce que l'on admire aujourd'hui dans leurs toiles, ce frottement entre création et regard qui les a parfois poussés plus loin.
Le grand public ne connaît pas encore ce nom. C'est cela même qui rend la découverte désirable, cette sensation d'entrer dans une histoire que presque personne n'a encore lue en entier. Avant que l'exposition ne devienne, comme souvent, le sujet dont tout Paris parlera sans se souvenir d'où il tient l'information, il reste ce moment suspendu où l'on peut encore se dire qu'on l'a su en premier.
On ressort de cette traversée avec une question qui reste en suspens, presque dérangeante : combien de collections, combien de regards comme celui de Fayet dorment encore dans l'ombre des artistes qu'ils ont aimés, attendant qu'une exposition veuille bien, un jour, leur rendre leur prénom.
Photo : Association du Musée d'Art Gustave Fayet à Fontfroide