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Cent vingt silhouettes Versace ont pris possession du musée du sculpteur

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Le musée Maillol n'est pas fait pour l'agitation.

Cent vingt silhouettes Versace ont pris possession du musée du sculpteur

Le musée Maillol n'est pas fait pour l'agitation. Ses salles gardent la mémoire de bronzes patients, de corps arrêtés dans leur mouvement, de matière qui a fini par se taire. C'est dans ce silence qu'un défilé Versace s'est figé depuis quelques semaines, cent vingt silhouettes debout, immobiles, comme si le podium avait été interrompu en plein geste et qu'on avait décidé de laisser les choses ainsi.

L'idée a de quoi désarçonner au premier regard. Un défilé, par nature, appartient au mouvement : la marche, le souffle du tissu, la vitesse d'un regard qui capte une tenue avant qu'elle ne disparaisse déjà. Ici, tout s'arrête. Les cent vingt looks se tiennent dans l'espace du musée comme une armée silencieuse, offrant au visiteur ce que la fashion week ne permet jamais : le temps de s'approcher, de tourner autour, de regarder une coupe sous tous ses angles sans la pression d'un chronomètre ni celle d'un rang au premier ou au dixième rang.

Chez Versace, le vêtement a toujours eu quelque chose du corps sculpté. Les drapés qui épousent, les métaux qui structurent, les imprimés qui recouvrent la peau comme une seconde peau plus flamboyante encore. Poser cet univers dans un musée qui a consacré sa vie à la statuaire n'a rien d'un hasard curatorial. Ce dialogue porte une évidence presque troublante : d'un côté les bronzes de Maillol, tout en volumes pleins et en calme, de l'autre les silhouettes Versace, tendues, presque provocantes dans leur assurance. Deux façons de penser le corps qui se répondent sans jamais se ressembler.

On avance entre les mannequins figés comme on avancerait dans un jardin de statues, à ceci près que le marbre a cédé la place au cuir, au métal doré, aux imprimés baroques que la maison a rendus indissociables de son nom. Certaines silhouettes portent encore les broderies qui, sur un podium, se devinent à peine tant tout va vite. Ici, chaque fil se laisse observer, chaque assemblage se donne à comprendre. On mesure, en s'attardant, le nombre d'heures qu'un seul bustier a exigées avant de rejoindre les autres dans cette scénographie muette. Le musée transforme ainsi ce qui n'était qu'un événement de quelques minutes en une matière que l'on peut prendre le temps d'apprendre.

L'exposition reste accessible jusqu'au 31 octobre, ce qui laisse encore un mois entier avant que l'affluence ne se resserre et que les créneaux ne deviennent une question de chance plutôt que de choix. Les grandes expositions parisiennes suivent toujours la même courbe : un lancement discret, un bouche à oreille qui grandit, puis ces dernières semaines où l'on se bouscule pour ne pas manquer ce qu'on aurait pu voir tranquillement un mois plus tôt. Septembre finissant, l'automne encore doux, c'est précisément ce moment suspendu où la salle appartient encore à ceux qui savent où regarder, sans file d'attente ni cohue devant les vitrines.

On y vient pour Versace, évidemment, pour la démesure assumée d'une maison qui n'a jamais cru à la discrétion. On en repart avec autre chose en tête : l'idée qu'un défilé, une fois immobilisé, raconte peut-être davantage qu'en mouvement. Que la mode, débarrassée de sa vitesse, redevient sculpture, et que le musée Maillol, pour quelques semaines encore, en est le socle le plus inattendu.

Photo : © Emma Birski

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