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Ce peintre fait la queue à New York, il va bientôt faire la queue à Paris

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Un fond de bleu profond.

Ce peintre fait la queue à New York, il va bientôt faire la queue à Paris

Un fond de bleu profond. Une figure noire, peinte dans un noir plus noir que le noir, comme si le pigment refusait de se diluer dans quoi que ce soit d'autre. Une scène de salon, une coiffure impeccable, un regard qui ne cherche pas le vôtre mais le tient quand même. C'est cette tension-là, cette manière de peindre la figure noire au centre absolu du tableau, qui a fait de Kerry James Marshall l'un des artistes les plus regardés outre-Atlantique. À Paris, on s'apprête enfin à comprendre pourquoi.

Le Musée d'Art Moderne prépare la première grande rétrospective parisienne de cet artiste dont le nom circule depuis des années dans les cercles avertis sans jamais franchir vraiment le périphérique. Aux États-Unis, on se déplace pour lui comme on se déplaçait autrefois pour Basquiat, avec la même fièvre, la même sensation d'assister à quelque chose qui compte. En France, la légende reste encore feutrée, réservée à ceux qui suivent l'art contemporain américain de près. Cela ne durera pas.

Ce que Marshall fait à la peinture occidentale mérite qu'on s'y arrête. Depuis les années quatre-vingt, il peint des corps noirs dans des compositions qui empruntent frontalement au vocabulaire de la grande peinture, la perspective classique, les intérieurs bourgeois, les scènes de genre, tout ce répertoire qui, pendant des siècles, a systématiquement écarté ces mêmes corps de son cadre. Il ne dénonce pas, il réoccupe. Chaque toile est une correction silencieuse, posée là sans discours, et c'est cette économie de moyens même qui rend le geste si puissant. On ne sort pas d'une salle Marshall en ayant l'impression d'avoir lu un manifeste. On en sort avec une image qui reste collée derrière les yeux.

Le musée n'a encore rien laissé filtrer sur l'ampleur exacte de l'accrochage, ni sur le nombre de toiles réunies pour l'occasion, mais l'événement s'annonce déjà comme l'un des rendez-vous majeurs de la saison. Les rétrospectives de cette envergure, consacrées à un artiste noir américain de cette stature, ne se produisent pas tous les ans sur les cimaises parisiennes. Certains s'en souviendront comme du moment où ils ont enfin vu, en vrai, ce qu'ils ne connaissaient que par les reproductions Instagram et les catalogues américains introuvables en librairie française.

Une manière très simple permet de savoir si une exposition va devenir un phénomène. On regarde qui, dans son entourage, connaît déjà le nom avant l'affiche officielle. Sur ce point, les habitués des foires de Miami et des cimaises new-yorkaises n'ont pas attendu Paris pour s'enthousiasmer. La capitale, elle, est sur le point de rattraper son retard, et les prochaines semaines vont sans doute voir les carnets se remplir plus vite que prévu.

Allez-y avant que la file d'attente ne devienne le vrai sujet de conversation.

Photo : © Kerry James Marshall

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