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Zara Home apprend à parler plus bas

MODE

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Inditex réapprend à Zara Home le langage feutré du design, pour faire rejaillir l'élégance sur toute la marque.

Zara Home apprend à parler plus bas

Une console en bois massif, les veines du chêne encore marquées par le ponçage, trône dans un angle d'un nouveau concept store. Rien dans son dessin ne crie. Elle coûte pourtant largement plus qu'un meuble Zara Home d'il y a trois ans, et c'est bien là tout le but.

Inditex a entrepris de repenser sa marque maison, longtemps cantonnée au rayon des bonnes affaires textiles, du linge de lit sympathique et des bougies qu'on offre sans trop y penser. Selon Business of Fashion, le géant espagnol prépare une montée en gamme méthodique : des designers associés aux collections, des boutiques agrandies pour accueillir du mobilier plus ambitieux, des prix qui suivent. L'objectif dépasse Zara Home elle-même. Il s'agit d'installer, par ricochet, une perception plus premium de Zara dans son ensemble, à l'heure où la frontière entre fast fashion et désir durable devient de plus en plus poreuse dans l'esprit du consommateur.

La stratégie n'a rien d'improvisé. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large où les enseignes de grande diffusion cherchent à capter un public habitué au luxe sans en avoir toujours les moyens, ou l'inverse : un public aisé en quête de pièces moins ostentatoires, moins logotées, mais mieux pensées. Le mobilier devient alors un terrain d'expérimentation plus silencieux que le vêtement. On y juge moins vite, on s'y attarde davantage. Une chaise se choisit sur plusieurs mois, un canapé engage un salon pour une décennie. C'est ce temps long que Zara Home semble vouloir habiter autrement, en misant sur des matières plus nobles et des collaborations créatives plutôt que sur le seul renouvellement permanent des collections.

Le choix des boutiques plus grandes n'est pas anodin non plus. Un espace vaste permet de scénographier, de mettre en scène des pièces maîtresses comme on présenterait des sculptures, d'installer une distance entre l'objet et l'acheteur qui ressemble, de loin, à celle qu'on trouve chez les maisons de design établies. La densité commerciale laisse place à la rareté apparente, même quand la production reste, par nature, industrielle. C'est tout le paradoxe de l'exercice : conserver les volumes et les marges d'un groupe comme Inditex tout en empruntant les codes visuels d'un ameublement confidentiel.

Ce repositionnement se joue encore largement en coulisses, dans des réunions de merchandising et des arbitrages de prix que le grand public ne verra pas avant plusieurs saisons. Les boutiques transformées restent rares, les collections signées par des designers encore à l'état de projet pour l'essentiel du réseau. Mais le mouvement est enclenché, et il raconte quelque chose de plus large sur l'époque : la maison devient, elle aussi, un terrain de conquête du désir, au même titre que la garde-robe. Zara avait appris à habiller vite. Elle tente maintenant d'apprendre à faire habiter lentement, pièce après pièce, dans un silence qui ressemble à s'y méprendre à de l'élégance.

Reste à savoir si ce chuchotement tiendra, une fois le mobilier posé sous la lumière crue des boutiques ouvertes à tous.

Photo : shaire productions / Flickr (CC BY 2.0)

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