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Sous les arcades du Palais-Royal, une ombre belge vient de poser ses valises

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Sous les galeries de pierre du Palais-Royal, les tilleuls perdent leurs feuilles une à une, et les boutiques qui…

Sous les arcades du Palais-Royal, une ombre belge vient de poser ses valises

Sous les galeries de pierre du Palais-Royal, les tilleuls perdent leurs feuilles une à une, et les boutiques qui bordent le jardin continuent, saison après saison, d'écrire la carte secrète du shopping parisien. C'est dans ce périmètre, longtemps réservé aux initiés, qu'Ann Demeulemeester vient d'ouvrir une nouvelle adresse. La maison belge, fondée par la créatrice du même nom dans les années 1980 à Anvers, choisit un écrin que peu de marques de mode osent encore convoiter, préférant les artères trop connues du Marais ou de Saint Honoré à ce rectangle de verdure classé, gardé par les arcades de Victor Louis.

Le choix n'est pas anodin. Ann Demeulemeester a construit sa réputation sur une esthétique du contraste : le noir profond, les drapés asymétriques, les silhouettes androgynes qui empruntent à la fois au punk et à la poésie gothique. Cette garde robe sombre, longtemps portée par une génération d'admirateurs fidèles à l'avant garde belge, dans la lignée des Six d'Anvers dont elle fut l'une des figures les plus singulières, trouve désormais un décor inattendu. Celui d'un jardin royal, pensé au XVIIIe siècle, où la symétrie classique et la pierre blonde dialoguent soudain avec une mode qui a toujours préféré l'ombre à la lumière.

Pour qui suit la maison depuis ses débuts, cette implantation parisienne a des allures de signal. La marque choisit de s'ancrer physiquement dans la capitale de la mode, à quelques pas des podiums qu'elle n'a jamais désertés mais loin des logiques d'image seules. On y retrouvera vraisemblablement les pièces signatures de la maison : bottes à lanières, chemises en voile noir, manteaux à la coupe presque monacale, déclinées dans un espace pensé comme une parenthèse, loin du tumulte des grands magasins voisins.

Il faut imaginer la scène : la lumière d'automne qui tombe en biais sur les colonnades, les passants qui ralentissent le pas devant une vitrine qu'ils ne connaissent pas encore, et, à l'intérieur, ce vestiaire noir qui semble avoir toujours appartenu à ce décor, comme si la rencontre allait de soi. Le Palais-Royal n'a jamais été un quartier de hasard. Jean Paul Gaultier, Stella McCartney, certaines maisons de joaillerie confidentielles s'y sont installées avant que le grand public ne s'y presse, attirés par une forme de retenue qui tranche avec le tumulte de la rue Saint Honoré voisine. Ann Demeulemeester s'inscrit dans cette généalogie discrète, celle des marques qui préfèrent se faire chercher plutôt que de s'imposer.

Entre les boutiques de joaillerie confidentielles et les adresses de mode pointues qui composent peu à peu la physionomie du jardin, un nouveau quartier du goût se dessine, à mi chemin entre le Louvre et la Comédie Française. Ann Demeulemeester y ajoute sa pierre noire, fidèle à une identité qui n'a jamais cherché à plaire à tout le monde.

Reste à savoir si cette adresse deviendra, comme d'autres avant elle, un point de passage obligé du prochain guide shopping consacré au quartier, ou si elle conservera, fidèle à l'esprit de la maison, ce léger parfum de clandestinité qui a toujours fait le prix des choses rares. Sous les arcades, pour l'instant, seule la pierre connaît la réponse, et elle ne la livre qu'à ceux qui prennent la peine de lever les yeux.

Photo : DR

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