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Sous le figuier, une nouvelle grammaire olfactive se prépare

BEAUTÉ

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Longtemps discrète, la figue devient la matière première qui réinvente l'architecture même des parfums à venir.

Sous le figuier, une nouvelle grammaire olfactive se prépare

Casser une feuille de figuier libère quelque chose d'étrangement complexe : un vert sec, presque poussiéreux, puis cette sève blanche qui colle aux doigts et sent le lait tiède. Le fruit, lui, n'arrive qu'après, chaud de soleil, presque confit. Trois odeurs dans une seule plante, et longtemps, la parfumerie n'en a retenu qu'une pincée, juste assez pour évoquer un jardin méditerranéen l'été.

Ce temps touche à sa fin. La figue, note d'arrière-plan pendant des décennies, s'installe désormais au centre des compositions, et change la manière dont on construit un parfum tout entier. On ne l'ajoute plus pour parfumer un fond de verger : on bâtit autour d'elle, on lui laisse porter la structure, on la traite comme on traiterait un bois noble ou une rose.

Ce basculement tient en grande partie à ce que la figue a de paradoxal. C'est une note qui refuse de se laisser enfermer dans une seule famille olfactive. Son accord vert évoque la chlorophylle, presque l'herbe coupée. Sa facette lactée, obtenue par des accords de coco ou de lactones, apporte une rondeur presque gourmande sans jamais basculer dans le sucré pur. Et son versant boisé, quand le fruit mûrit trop, flirte avec quelque chose de plus animal, de plus charnu, presque de peau. Un seul ingrédient qui couvre à lui seul trois registres habituellement tenus par trois matières différentes : voilà ce qui séduit les nez.

Cette polyvalence explique pourquoi les compositions à venir s'en emparent avec une liberté nouvelle. Certaines maisons la marient à des musks blancs pour prolonger sa facette lactée en sillage de peau. D'autres la posent sur des bois secs, cèdre ou vétiver, pour accentuer son côté sec et presque minéral, loin de l'image solaire qu'on lui prêtait jusque-là. D'autres encore jouent sa carte la plus risquée, celle du fruit trop mûr, presque fermenté, qui frôle l'animal sans jamais s'y abandonner complètement. Trois lectures d'une même note, trois parfums radicalement différents à l'arrivée.

Il faut s'attendre, dans les mois qui viennent, à une multiplication des lancements qui en feront leur colonne vertébrale. C'est l'un de ces moments où une matière première change de statut sans prévenir, où ce qui servait de détail devient soudain le sujet principal. Pour le nez entraîné, la différence se joue à des détails infimes : la quantité de lactone qui dose le côté laiteux, le choix du bois qui vient en appui, la façon dont la fraîcheur verte s'efface ou persiste en fond de peau. Pour le nez curieux, il suffit de sentir deux "fig" l'un après l'autre pour comprendre que cette note, loin d'être univoque, est devenue un terrain de jeu.

Reste cette sensation, en testant un de ces flacons, d'avoir la paume parfumée comme après avoir cueilli une figue trop mûre un matin d'août. Le geste était resté le même depuis toujours. C'est la mémoire qu'on y accroche qui change.

Photo : Nataliya Melnychuk / Unsplash

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