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Le visage que Vincent Cassel s'apprête à offrir au XVe siècle

CULTURE

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Un front bombé, des arcades qui semblent avoir absorbé des décennies de coups, une bouche tirée vers le bas comme figée…

Le visage que Vincent Cassel s'apprête à offrir au XVe siècle

Un front bombé, des arcades qui semblent avoir absorbé des décennies de coups, une bouche tirée vers le bas comme figée dans une grimace ancienne. Le cliché circule encore timidement, presque en douce, avant que les réseaux ne s'en emparent et ne le déforment à leur tour. Sur cette image, Vincent Cassel n'a plus grand-chose de Vincent Cassel. Et c'est bien ce qui rend la chose fascinante.

L'acteur s'apprête à incarner Quasimodo dans le prochain film d'époque du réalisateur de Mesrine, une signature qui, à elle seule, change la lecture qu'on pourrait avoir du projet. Ce cinéaste n'a jamais filmé la violence ou la monstruosité avec de la distance polie. On imagine mal, connaissant sa manière de filmer les corps et les visages abîmés, qu'il ait choisi cette transformation par confort esthétique. Le choix de Cassel dans ce rôle, lui qui a construit une bonne partie de sa carrière sur des personnages tendus, cabossés, parfois hors des cases du charme classique, semble presque une évidence rétrospective.

En réalité, c'est le travail invisible derrière cette image qui impressionne le plus. Une prothèse faciale de cette ampleur ne se pose pas en une heure de maquillage. Il faut des moulages, des essais successifs, des semaines parfois pour ajuster la texture d'une peau synthétique qui doit vieillir, se froisser et bouger avec le visage de l'acteur sans jamais devenir un masque figé. Le résultat qu'on découvre aujourd'hui n'est probablement qu'une étape parmi d'autres, une version de travail plutôt qu'un rendu final, mais elle suffit déjà à mesurer l'ambition du projet. On ne convoque pas ce niveau d'artisanat prothétique pour un simple film de patrimoine sage. On le fait pour tenter quelque chose de plus frontal, de plus habité.

Le film s'annonce d'ailleurs comme une relecture d'époque, ce qui suppose costumes, décors reconstitués, une direction artistique dense. Dans ce type de production, le visage transformé devient souvent la pièce maîtresse de toute la stratégie visuelle bien avant la sortie en salle : c'est lui qui circule, lui qui intrigue, lui qui fait parler avant même la première bande-annonce. Le studio le sait, le réalisateur aussi. Diffuser ce genre d'image à ce stade n'a rien d'un accident.

Reste la question qui, elle, ne trouvera de réponse que devant l'écran : comment Cassel va habiter cette carcasse de bossu, comment il va faire vivre un regard sous des couches de latex et de silicone sans perdre ce qui fait sa présence habituelle, cette tension nerveuse propre à chacun de ses rôles. Le cinéma français a déjà eu ses Quasimodo austères, romantiques, tragiques. Celui-ci s'annonce plus brut, plus proche de la chair que du symbole. On attend de voir ce que le temps, les prothèses et la caméra en feront, une fois que le silence autour du projet se sera enfin rompu.

Photo : © Netflix

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