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Le rose Ladurée de Sofia Coppola a fini par entrer au Château

CULTURE

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Le rose bonbon de Marie-Antoinette version Coppola s'installe enfin à Versailles, là où tout avait commencé.

Le rose Ladurée de Sofia Coppola a fini par entrer au Château

Ce rose-là, personne ne l'avait vu à Versailles avant 2006. Un rose bonbon, presque criard, posé sur une robe à paniers, au milieu des boiseries dorées et des perspectives de Le Nôtre. Vingt ans plus tard, ce même rose refait surface dans les salles du château, accroché sur un mannequin, éclairé comme une pièce de musée. La boucle se ferme, et elle se ferme là où tout avait commencé.

Depuis le 22 septembre et jusqu'au 24 janvier 2027, Versailles expose les costumes et les décors imaginés par Milena Canonero pour le "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola. Le film avait fait scandale en 2006 : une reine de dix-neuf ans en Converse roses, une bande originale post-punk sur fond de champagne et de macarons, une Autriche pop plaquée sur le Grand Siècle. Les puristes avaient crié à la trahison. Vingt ans après, c'est le château lui-même qui accueille cette relecture, dans les pièces où l'histoire réelle s'était jouée.

Voir ces costumes revenir sur les lieux qui les avaient inspirés a quelque chose de vertigineux, presque comme des fantômes qui rentrent chez eux. Canonero, costumière italienne formée à l'école du cinéma classique, n'avait jamais cherché l'exactitude historique. Elle avait préféré l'émotion à la reconstitution : des matières contemporaines mêlées aux formes du XVIIIe, des couleurs empruntées autant aux podiums qu'aux tableaux de Vigée Le Brun. Le résultat avait déplacé Marie-Antoinette du côté de l'icône pop, quelque part entre Louis XVI et Chanel, entre l'étiquette de Versailles et celle d'une maison de couture.

L'exposition ne se contente pas d'aligner des mannequins. Elle remet les pièces dans leur décor d'origine, celui-là même où elles avaient été filmées, ce qui change tout. Une robe photographiée dans la Galerie des Glaces retrouve sa lumière naturelle, celle des miroirs et des lustres qui l'avaient vue passer devant les caméras. Le vêtement de cinéma redevient objet de patrimoine, sans perdre sa charge de fiction. On mesure alors ce que le film avait vraiment fait : il n'avait pas costumé une reine, il avait costumé une adolescente, avec tout ce que cela suppose de désinvolture assumée face au protocole.

Le pari de Versailles est là. Faire cohabiter, dans les mêmes salles, le vrai mobilier du XVIIIe siècle et les silhouettes inventées par le cinéma américain des années 2000. Faire entrer la pop culture par la grande porte d'un lieu qui incarne, plus que tout autre en France, l'idée même du protocole et de la retenue. Le rapprochement aurait pu sembler forcé. Il fonctionne parce que Canonero n'avait jamais triché sur l'essentiel : la matière, la coupe, le geste de couturière derrière chaque robe, même la plus improbable.

Vingt ans après sa sortie, le film continue de diviser autant qu'il fascine. Mais une chose ne se discute plus : il a changé la façon dont le cinéma parle de mode, et dont la mode se souvient du cinéma. À Versailles, ce dialogue prend enfin un décor à sa mesure. Reste à savoir combien de visiteurs viendront chercher la reine, et combien viendront simplement revoir, une dernière fois, ce rose qui n'aurait jamais dû fonctionner ici, et qui pourtant s'y trouve comme chez lui.

Photo : © Sony Pictures / courtesy Everett Collection

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