Clerkenwell cache une école victorienne qui va bientôt tout changer
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Dans une école victorienne de Clerkenwell, l'atelier de Zaha Hadid s'apprête à devenir un lieu culturel incontournable.
Sur la façade de brique, une plaque de pierre a presque disparu sous la patine du temps. "School Board for London", peut-on encore y lire, souvenir discret d'une époque où ce quartier de Clerkenwell formait les enfants de l'East End. Les cheminées de terre cuite rouge montent haut dans le ciel pâle, les fenêtres à guillotine encadrées de brique vernissée s'alignent avec cette rigueur un peu austère propre à l'architecture scolaire du XIXe siècle. Rien, de l'extérieur, ne laisse deviner que cette ancienne école victorienne classée a longtemps abrité l'un des studios d'architecture les plus influents du monde contemporain.
C'est pourtant ici, dans ce bâtiment au charme bougon, que Zaha Hadid a installé son atelier. Les courbes liquides, les structures suspendues dans le vide, les projets qui ont redessiné des skylines entières de Pékin à Séoul sont nés derrière ces murs de brique sage, dans un décalage presque comique entre la retenue victorienne du lieu et la démesure de ce qui s'y imaginait. La Fondation Zaha Hadid a décidé de transformer cet ancien siège en espace culturel ouvert au public, avec une nouvelle galerie d'exposition pensée pour accueillir les archives, les maquettes et les recherches de l'architecte disparue en 2016, ainsi que les travaux de la génération qu'elle a formée.
Le projet promet de faire de cette école reconvertie un nouveau point de repère pour quiconque s'intéresse à l'architecture et au design à Londres, une ville où les institutions de ce genre se comptent sur les doigts d'une main. Ni musée figé ni simple showroom corporate, le lieu entend conserver l'atmosphère de travail du studio, cette tension entre le bâtiment ancien et les gestes radicaux qu'il a abrités pendant des décennies. On y devine déjà, sans l'avoir encore vu de l'intérieur, cette dramaturgie propre aux lieux qui ont vu naître quelque chose d'important : les mêmes pièces, les mêmes tables à dessin peut-être, désormais ouvertes à des yeux qui n'étaient jusque-là jamais entrés.
Clerkenwell n'est pas Shoreditch ni South Kensington. Le quartier a longtemps vécu dans l'ombre des hauts lieux culturels londoniens plus médiatisés, malgré une concentration rare de studios de design et d'ateliers d'artisans. L'arrivée d'un espace signé Zaha Hadid Foundation pourrait bien rebattre les cartes de cette géographie discrète, et transformer une rue tranquille en point de passage pour tous ceux qui suivent l'architecture contemporaine de près. La date d'ouverture officielle n'a pas encore été communiquée, mais la curiosité s'installe déjà, portée par cette question simple : que reste-t-il, dans les murs, de l'énergie qui a produit l'opéra de Guangzhou ou le centre Heydar Aliyev ?
Il faudra patienter encore un peu avant de franchir le seuil. Mais sous ces fenêtres blanches, dans cette brique qui a vu passer des générations d'écoliers puis des équipes entières dessinant des formes impossibles, quelque chose se prépare qui mérite qu'on garde l'adresse en mémoire.
Photo : K.Arkatites / Zaha Hadid Architects