Apparatus laisse resurgir les dieux de la Perse ancienne dans le bronze
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L'Édito Magazine
Après cinq ans de silence, Gabriel Hendifar réveille les dieux perses dans le bronze et le laiton d'Apparatus.
Des tubes de laiton se tordent comme des cols de serpent, se terminent en crochet, en gueule entrouverte. Entre leurs courbes, des sphères opalines pendent telles des lunes captives, diffusant une lumière douce sur fond de mur indigo. Non loin, une tête de marbre, lisse et antique, semble observer la scène sans ciller. On pourrait croire à un décor de cinéma, à une ruine retrouvée dans un désert iranien. C'est en réalité une collection de luminaires, et elle marque le retour très attendu d'un studio qui s'était fait discret.
Apparatus, maison new-yorkaise fondée par Gabriel Hendifar, présente ce qui constitue son premier opus complet en cinq ans. Cinq années de silence créatif pour un studio habitué à ponctuer le calendrier du design d'objets rares, façonnés dans le bronze, le laiton et le verre soufflé. Ce retour ne se fait pas par hasard, ni par simple nécessité commerciale. Il se fait autour d'un sujet intime : la mythologie perse, celle que Hendifar a reçue en héritage et qu'il convoque ici comme une matière première au même titre que le métal.
Les pièces de la collection empruntent aux récits anciens leurs figures hybrides, leurs animaux mi réels mi fantastiques, leurs serpents gardiens de trésors ou de seuils. Le bronze patiné prend des allures de relique, le laiton capte la lumière comme s'il avait traversé les siècles sans s'oxyder. Les sphères de verre, elles, apportent une respiration contemporaine à des formes qui autrement basculeraient dans le pastiche archéologique. On sent, dans chaque soudure, chaque courbe tirée au chalumeau, un travail d'atelier plus proche de l'orfèvrerie que de l'édition industrielle. Ce soin et cette lenteur assumée ont toujours distingué Apparatus des autres studios de luminaires new-yorkais.
L'angle est aussi celui de l'anticipation. La collection n'a pas encore connu sa diffusion la plus large, elle commence à peine à circuler dans les cercles spécialisés du design haut de gamme avant de gagner, sans doute, les showrooms et les intérieurs qui comptent. C'est là que se niche l'intérêt du moment : observer un objet avant qu'il ne devienne une évidence dans les salons des collectionneurs, avant que les mêmes formes ne se retrouvent citées, copiées, digérées par le marché.
Hendifar n'a jamais caché son goût pour les récits qui précèdent l'écriture, pour les symboles qui ont survécu aux empires. En convoquant la Perse ancienne dans une collection destinée aux intérieurs contemporains, il ne fait pas œuvre de nostalgie. Il propose plutôt une forme de continuité, l'idée qu'un motif gravé sur une coupe achéménide puisse encore éclairer une pièce à New York, à Paris ou ailleurs, sans perdre sa charge presque magique.
Reste à voir comment ces pièces, pensées dans l'intimité d'un atelier, résisteront à l'épreuve de la diffusion. Les objets qui portent un héritage aussi personnel gagnent parfois à rester rares. C'est peut être tout l'enjeu de ce cinquième acte : offrir au monde un peu de cette mythologie sans jamais la dissoudre complètement dans la lumière du grand marché.
Photo : © Apparatus, via Dezeen