À Bottega Veneta, une année de silence qui commence à parler
MODE
L'Édito Magazine
Milan, semaine de la mode.
Milan, semaine de la mode. Dans la salle où les collections défilent depuis des décennies, quelque chose a changé d'épaisseur. Les silhouettes ne s'imposent plus, elles avancent. Un mouvement de tissu qui ne cherche plus à démontrer, juste à exister. C'est la deuxième collection de Louise Trotter pour Bottega Veneta, un an après sa nomination à la direction artistique de la maison, et la critique, cette fois, a choisi un mot qu'elle réserve rarement : rupture.
Reprendre Bottega Veneta n'est jamais un exercice neutre. La maison porte en elle un héritage tellement identifiable, le cuir tressé, la discrétion revendiquée comme posture, le fameux "quand vos initiales suffisent" devenu doctrine, qu'aucune direction artistique n'y arrive vierge. On hérite d'un langage déjà écrit, et il faut apprendre à le parler avec son propre accent sans jamais le trahir. Après une première saison encore prudente, Louise Trotter semble avoir cessé de chercher sa place dans la maison pour commencer à y habiter vraiment.
Ce qui s'est vu à Milan, c'est un vestiaire qui respire. Moins de rigidité dans la coupe, plus de mouvement dans la matière, une volonté visible d'alléger ce que Bottega Veneta avait parfois transformé en armure élégante. La créatrice britannique, formée chez Calvin Klein puis chez Lacoste où elle avait déjà démontré un talent particulier pour réconcilier confort et désirabilité, applique ici la même intuition à une échelle bien plus exigeante : celle d'une maison italienne au savoir-faire artisanal quasi religieux, où chaque geste technique doit continuer d'exister sous la nouvelle silhouette.
C'est dans cette tension entre héritage et légèreté que la presse a lu une évolution plus profonde qu'un simple ajustement de saison. Une maison en thérapie, disent certains, entendant par là un processus lent de réappropriation plutôt qu'une révolution frontale. Trotter ne renie rien de ce qui a fait Bottega Veneta, le cuir reste central, le geste artisanal continue de porter la valeur du vêtement, mais elle desserre l'étau. Les proportions s'assouplissent, les matières circulent différemment sur le corps, et une forme d'intimité refait surface là où la maison avait parfois cultivé une distance presque clinique.
Un an, dans le temps long d'une maison de luxe, c'est encore l'enfance d'une direction artistique. Mais c'est aussi le moment où l'on commence à distinguer, sous la politesse des premières collections, ce qui relève du vrai geste créatif. Milan vient peut-être de voir la première phrase complète d'un vocabulaire encore en construction, celui d'une créatrice qui a choisi d'alléger plutôt que d'imposer, et qui parie que la sophistication, chez Bottega Veneta, n'aura jamais eu besoin de peser.
Photo : © Bottega Veneta